La Gazette de la grande ile

Crise politique : les risques sont énormes, selon l’ISPI

Publié le 02 février 2018

Finalement, les élections sont considérées par les politiciens malgaches « comme le principal moyen d’accéder aux ressources financières et de se créer de la richesse avec une approche « le gagnant rafle tout » ». Le constat est de Alessandro Bozzini, chercheur à l’Institut d’études en politique internationale (ISPI) de Milan-Italie. Dans un essai sur la nécessité de prévenir une nouvelle crise politique liée aux élections, il appelle la communauté internationale à ne pas abandonner Madagascar.

L’auteur estime notamment que « s’il revient en fin de compte aux Malgaches – y compris les politiciens, les forces de sécurité, la société civile et les citoyens ordinaires – d’empêcher une nouvelle crise, la communauté internationale et les donateurs peuvent également y contribuer positivement. Deux ensembles d’actions sont nécessaires. Sur le plan politique et diplomatique, les ambassadeurs et les dirigeants des organisations internationales et régionales devraient faire pression sur le gouvernement et le président lui-même pour les persuader d’organiser des élections inclusives en 2019 et s’abstenir de toute mesure susceptible de nuire au processus électoral. Sur le plan plus technique, les agences de coopération doivent rester engagées et aider les autorités malgaches à préparer les élections, notamment en contribuant à la logistique coûteuse des élections, en fournissant des conseils juridiques et en soutenant les campagnes de sensibilisation encourageant les citoyens à s’inscrire sur la liste électorale. »

Si on ne peut plus rien faire sur la liste dont une éventuelle prolongation du délai peut être source de conflit, tout reste à faire pour prévenir une nouvelle crise politique liée aux élections qui peut- être déclenchée par de multiples facteurs.

Le premier inventorié par Alessandro Bozzini est « la tentation du président Rajaonarimampianina d’exclure Ravalomanana et Rajoelina de se présenter sur une base juridique (par exemple, Ravalomana a toujours des problèmes en suspens avec la justice). Les deux poids lourds politiques ont été contraints de ne pas se présenter aux élections de 2013 dans le cadre de la feuille de route négociée par la SADC, mais ils sont déterminés à revenir au pouvoir. Les empêcher de courir pourrait déclencher des manifestations de rue, des réactions de la communauté internationale et ainsi pousser le pays à une crise sérieuse ».

Le second facteur serait le « report des élections. Un nouveau cadre juridique lié aux élections a été discuté pendant des mois, mais n’a pas encore été approuvé et certains au sein du gouvernement font pression pour une révision constitutionnelle. Les deux options pourraient rendre impossible l’organisation des élections à la fin de 2018 comme prévu, ce qui pourrait mener à des manifestations vives ».

L’auteur évoque par ailleurs « l’insatisfaction populaire avec la mauvaise performance du gouvernement, la corruption et le manque de résultats concrets. La plupart des Malgaches ordinaires sont mécontents de la pauvreté persistanteet expriment souvent leur frustration devant l’inaction perçue du gouvernement ou son refus d’améliorer la situation économique du pays. Dans ce contexte, une augmentation des prix du carburant (aujourd’hui le pétrole est subventionné), un nouveau scandale de corruption très médiatisé, une opération policière lourde ou un incident social pourraient déclencher des protestations populaires généralisées. »

On n’exclut pas non plus une intervention militaire.  » Si le leadership militaire ou une partie de celui-ci perçoit la situation sociale ou politique comme allant à l’encontre de ses intérêts, alors l’armée ou un groupe de hauts fonctionnaires pourraient décider d’intervenir sinon par un coup d’État à part entière, en poussant à un changement de régime ».

On évoque également l’éventualité d’un front unifié de l’opposition demandant au président de démissionner ou d’orchestrer une mise en accusation. Actuellement, l’opposition est divisée et faible, mais une alliance tactique et temporaire entre Rajoelina, Ravalomanana et d’autres personnalités politiques dans le seul but de destituer le président Hery pourrait être possible. En particulier, le président n’a pas de majorité stable à l’Assemblée nationale, puisqu’il a fondé son propre parti HVM seulement après avoir été élu (et le parti lui-même est faible), donc un hypothétique front unifié des partis d’opposition et des députés indépendants aurait une chance de l’accuser ».

Enfin, « une situation de sécurité dramatiquement dégradée » risque elle aussi de conduire à une crise politique. « Bien que cela soit très improbable maintenant, si les voleurs de bétail « Dahalo » – actuellement majoritairement présents dans le Sud – pouvaient amener leurs opérations criminelles à Antananarivo et s’il y avait un flot d’attaques d’origine peu claire dans la capitale , alors une telle situation de sécurité détériorée pourrait déclencher une crise politique ».

La plupart de ces éventualités, notamment l’intervention militaire ou le front unifié de l’opposition ont besoin de financement pour aboutir. C’est peut-être la raison pour laquelle l’auteur a cité en dernier « l’implication anti-gouvernementale de certains hommes d’affaires riches. A Madagascar, il y a un nombre limité d’hommes d’affaires extrêmement riches, dont certains d’origine étrangère, censés financer des dirigeants politiques. Leur attitude vis-à-vis du président Rajaonarimampianina a été jusqu’ici bénigne mais, s’ils décidaient de soutenir financièrement l’opposition, la force politique du président serait sérieusement remise en question ».

En 2009, Marc Ravalomanana accusait les  Indo-pakistanais et les Francais d’avoir financé sa destitution. Aujourd’hui, des rumeurs indiquent que cette même communauté d’hommes d’affaires preférerait Marc Ravalomanana au régime actuel. Avant, dit-on, on pouvait faire des affaires tant qu’on ne touchait pas aux chasses gardées du président. Aujourd’hui, c’est la corruption généralisée, les redressements fiscaux et les kidnappings. Est-on proche de la goutte d’eau?

Recueillis par Sa

 

 

 

 

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