La Gazette de la grande ile

Madagascar : un régime où des ministres ne servent à rien du tout

Publié le 03 février 2018

 

La création du «Prix du Courage Citoyen» anglicisé en «Gasy Mahasaky Awards» m’a interpellé et je voudrais partager ce sentiment avec vous.  En effet, si on s’attarde un peu sur la raison d’être même de ce prix et l’origine de son initiateur, il est clair que les ministres sous ce régime Hvm/Rajaonarimam-

pianina, n’ont plus leur raison d’être.

Il faut que vous sachiez que le mot ministre (et non sinistre, pour le moment) est emprunté au mot latin minister et de son adjectif dérivé minus qui signifie serviteur, domestique. Il s’oppose à magister qui veut dire maître. De nos jours, le ministre est un instrument au service d’un peuple et chacun, dans son département, doit mettre en œuvre la politique de développement tracée par un Etat donné. A partir de ces définitions, il est limpide que ce régime n’a aucune politique de développement tangible. Si bien que le président de la république en personne, s’est cru obligé, dans un monologue de plus d’une heure, d’étaler sa bêtise (qu’il aille à Cambrai pour savoir que ce n’est pas une insulte) à travers une vision 2030 qui n’est rien d’autre qu’une très mauvaise décalcomanie des 17 objectifs de développement durable à l’horizon 2030 des Nations-Unies. La décalcomanie, cher amis, est plus approfondie que le copié-collé, car c’est un procédé de transposition sur une surface d’une image dessinée sur un support calque en papier ou en plastique. Aucun détail ne peut donc s’échapper…

Cela dit, les «Gasy Mahasaky Awards» ont été créés pour «honorer les citoyens méritants ayant contribué à l’avancement et à la défense du «Soa iombonana» – Intérêt général à Madagascar». Plus encore, il a été dit que « ce Prix rend hommage au courage des militants et des communautés de base qui se sont levés contre l’accaparement de nos terres et le pillage de nos ressources forestières et minières. Ils ont été arrêtés, emprisonnés, condamnés et/ou fait l’objet de poursuites officielles, certains y ont même perdu leur vie et leur famille ».

Il s’agit donc d’encourager les citoyens à devenir plus patriotes, plus attachés aux valeurs ancestrales communes et à l’identité culturelle basée sur le «Soatoavina» (Principes de vie tacitement reconnus et respectés dans la société malgache jusqu’en 2014…) dont le «Fihavanana» (liens familiaux) et le «Firaisankina» (Union) font partie, tout comme le «Fahendrena» (sagesse), le «Fanajana» (Respect), le «Fandeferana» (Humilité) et le «Fahamarinana» (Vérité). Oui, c’est tout çà les gars! Logiquement, c’est l’Etat, -dont le gouvernement composé de ministres, est l’exécutant-, qui doit veiller à ce que ces valeurs communes soient respectées et même appliquées et suivies. Mais regardez bien autour de vous : qu’en est-il? C’est la loi du plus fort (en AK47), du plus riche (illicitement et extérieurement), qui prévaut face à des pauvres devenus encore plus pauvres d’esprit et monétairement.

Les premiers croient qu’ils peuvent tout acheter et les seconds, par réflexe de survie, courbent l’échine pour ne recevoir que des miettes de richesses immenses leur appartenant pourtant, mais attendent leur heure, comme un chat guette une souris…. Dans cette ambiance d’après guerre (pourtant inexistante à Madagascar), car tout doit être éternellement reconstruit depuis plus d’un demi-siècle, un constat a vu le jour : la Grande Ile de l’Océan Indien manque cruellement de héros à qui s’identifier. Jusqu’ici, il n’y a eu que des zéros pointés et, malheureusement, ils étaient tous et sont encore au pouvoir. Logiquement donc, comme dans d’autres pays qui sont désormais plus que développés, c’est le gouvernement qui devrait encourager chaque citoyen à œuvrer au développement du pays en appliquant les principes du «Soa iombonana» et du «Soatoavina», à travers, au moins, les ministères suivants: ministère de la population en tête, suivi de ceux de la Culture et de l’Environnement. Le premier, car il n’est de richesse que d’hommes; le second car la Culture est tout ce qui reste lorsqu’on a tout oublié (enfin, un truc comme çà) et le troisième, car le «Tontolo iainana» (Environnement) est la maison commune de tous les habitants de Madagascar.

Depuis 2014, il faut croire que ces trois départements n’existent plus. Chaque semaine que Dieu fait, les cas d’expropriations aveugles sont relatés dans la presse sans que la ministre de la Population ne lève le moindre de ses petits doigts boudinés par trop de richesses extérieures ultra-rapides (vous savez quoi? La rumeur dit que l’espace «Yandy By Pass» lui appartiendrait. On vérifiera…); à la Culture, ils ne savent plus ce que ce mot signifie et jusque dans quel domaine il peut s’étendre et, enfin et non des moindres, en matière d’Environnement, c’est la grande braderie avec ce que cela représente pour la faune et la flore devenues espèces en voie de disparition imminente. Si bien qu’en juin 2015, le Pape François a rédigé une encyclique intitulée «Laudato si’» (Loué sois-tu) dans laquelle «la sauvegarde de la maison commune» (la planète Terre) est consacrée aux questions environnementales et sociales, à l’écologie intégrale et, de manière générale, à la sauvegarde de la Création même. Et c’est ce domaine qui a été privilégié pour ces premiers «Prix du Courage Citoyen» initiés par «Diaspora Gasy Réunion» et un collectif d’organisations de la société civile et de mouvements citoyens « désireux de soutenir les efforts citoyens en faveur d’un meilleur Madagascar », face à la démission flagrante des responsables étatiques malgaches. Il a été mis sur le tapis un soutien financier  aux récipiendaires, d’un montant global de 5.000 euros. Ce qui n’est pas rien avec un taux de 1 euro = 4.000 ariary. Une autre histoire de… « poor governance »…

Mais quels ont été les critères qui ont permis de participer à ces premiers «Gasy Mahasaky Awards»? David Rajaon, économiste ancien ministre, directeur de l’IEP (Institut d’Etudes Politiques) m’a posé la question suivante sur Facebook : «C’est quoi le critère : être martyr?». C’est très pertinent, car figurez-vous que parmi les primés figurent cinq défenseurs de l’Environnement à Madagascar dont le sort ne fait pas honneur au régime du président Hery Rajaonarimampianina. Qui sont-ils? Place à Alily, Armand, Augustin, Raleva et Clovis.

Attomany Alily, d’Ambilobe, est malheureusement décédé des suites de blessures après une course-poursuite… mortelle. Il défendait les mangroves d’Antsahampano détruites par des charbonniers.

Marozafy Armand, de Maroantsetra, a été arrêté en 2015 pour avoir dénoncé l’exploitation illicite des ressources naturelles de sa région. Il a été condamné par le tribunal de Première instance de Maroantsetra à 6 mois de prison ferme et 12 millions d’ariary de dommages-intérêts (pour qui, Dieu seul le sait). Quelques mois plus tard, sa peine a été diminuée à 4 mois par la Cour d’appel de Toamasina, mais les dommages et intérêts sont demeurés inchangés.

Raleva, membre de Justice et Paix et de l’Observatoire indépendant des droits économiques, sociaux et culturels à Madagascar (OIDESCM). Il défendait l’exploitation illicite de l’or de Vohilava par des Chinois. En septembre 2017, il est arrêté et enfermé à Mananjary. En octobre de la même année, il est condamné à 2 ans de prison avec sursis. Le 31 décembre 2017, la Police des Mines fait une descente à Vohilava. La mine a été fermée suite à un mouvement de grève de trois semaines, mais la condamnation de Raleva est restée la même.

Razafimalala Clovis lutte contre l’exportation illicite du bois de rose vers la Chine, à partir de Masoantsetra en pleine zone censée être protégée. En récompense, à cause de son incorruptibilité, Clovis est arrêté et emprisonné à partir du mois de septembre 2016. Après un simulacre de procès, en juillet 2017, il est condamné à 5 ans de prison avec sursis.

Sarovy Augustin, de Masoala, région d’Analanjirofo. Il a lutté contre la mafia du bois de rose qui sévit  dans cette région. Le film réalisé par Alexander von Bismarck, de l’Environnemental Investigation Agency (EIA), a fait le tour de monde, mais a mis en danger la vie d’Augustin. Heureusement, il a réussi à quitter Madagascar et il vit, actuellement en Europe, en tant que réfugié… «environnemental» (je ne sais pas si çà existe mais c’est son cas en tout cas).

Certes, les paysans emprisonnés de Soamahamanina (Robison Pierre, Andrianony Andriamanantsihoarana, Randriaendrikarivo Fenohasina, Andriarajoniaina Tonona Guillaume, Ranaivoarivelo Augustin et Ratsiriniana Jean Augustin) ont aussi été primés. Mais ces cinq-là sont les plus connus sur la scène internationale. Et pendant que tout cela se passait, aucun des trois ministères directement concernés ne s’est manifesté comme s’ils se trouvaient ailleurs qu’à Madagascar. Alors ne croyez pas que j’y vais fort en ayant intitulé cet article «Un régime où des ministres ne servent à rien du tout». Car, chaque fin de mois depuis que les ministres ont été nommé, ils bénéficient d’un salaire et d’avantages exorbitants (véhicule de fonction, chèques carburant, indemnités de logement, crédits de téléphone pré-payés…). Savent-ils, au moins, qui paie tout çà? Ce sont tous ces pauvres contribuables malgaches qu’ils méprisent par leur comportement de magister plus que de minister (lire en début d’article). Que faire, diriez-vous, puisque s’insurger à Madagascar, sous le régime Hvm/Rajaonarimampianina, c’est considéré comme un coup d’état («fanongam-panjakana»)?

Que faire, en effet? Voter à nouveau pour Hery Rajaonarimampianina pardi! Jeannot, là tu déconnes! Ben quoi, çà ne vous est pas arrivé des fois? Bon week-end, les gars et pas trop de cauchemars, hein?

Jeannot Ramambazafy

 

 

 

 

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