La Gazette de la grande ile

CUA contre M2PATE: Responsabilités partagées

Publié le 09 février 2018

Le bras de fer qui oppose le Ministère auprès de la Présidence en charge des Projets Présidentiels, de l’Aménagement du Territoire et de l’Equipement (M2PATE) et la Commune Urbaine d’Antananarivo (CUA) est une des manifestations parmi d’autres, des tensions qui existent entre Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina. Lâche, ce dernier n’affronte jamais frontalement le fondateur du Groupe Tiko. Au gré des opportunités, Hery Rajaonarimampianina utilise Rivo Rakotovao, la Jirama ou à présent le M2PATE pour donner du fil à retordre à Marc Ravalomanana, surtout lorsque ce dernier harangue les foules dans le cadre de sa précampagne à l’élection présidentielle. A propos du litige spécifique entre le M2PATE et la CUA concernant des permis de construire, on peut réellement évoquer un partage des responsabilités. Les faits que l’on peut reprocher à la CUA, ou plus exactement à Lalao Ravalomanana, sont nombreux. Les époux Ravalomanana ont le mauvais goût de considérer la CUA comme une annexe ou une filiale de Magro. Ils prennent de nombreuses décisions en fonction de leurs intérêts personnels et derrière le dos du Conseil Municipal qui est pourtant l’assemblée délibérante. Agiraient-ils autrement si la CUA  recevait normalement l’intégralité des subventions dues par l’Etat central, mais non versées ? Ce n’est pas certain. Les reproches à adresser au M2PATE ne manquent pas. Ce Ministère commet trop d’abus d’autorité sous prétexte de projets présidentiels. Certaines autorisations relevant de sa compétence sont délivrées à grands renforts de corruption. D’autres sont bloquées ou suspendues pour des raisons politiques. Pourtant, concernant les formalités nécessaires à la délivrance d’un permis de construire ou de lotir, les dispositions légales fixant les attributions du M2PATE et celles de la CUA sont claires et ne souffrent d’aucune interprétation. Le problème est que chaque camp exhibe les textes de loi, ou au contraire les ignore, quand ça l’arrange. En effet, la CUA se réfugie derrière la loi n° 2015–011 du 11 avril 2015 portant statut particulier d’Antananarivo, quand ça lui convient, tandis que le M2PATE ne  jure que par la loi n° 2015-052 du 3 février 2016 relative à l’Urbanisme et à l’Habitat, quand ça lui chante. Lorsque les débats juridiques deviennent soporifiques, chacun des belligérants se laisse aller à des débordements verbaux et à des excès médiatiques et l’opinion publique finit par se lasser de cette cacophonie. La compétition entre le M2PATE et la CUA est devenue des plus malsaines et tient les usagers en otage. Au lieu de se retrouver à la barre du Tribunal Administratif ou du Conseil d’Etat, le M2PATE et la CUA devraient plutôt travailler ensemble en bonne intelligence pour améliorer les conditions de vie des habitants de la capitale.

Phil de Fer

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