La Gazette de la grande ile

Régime Hvm : champion du monde de la pratique des erreurs du passé

Publié le 14 février 2018

En 1789, le roi Louis XVI a eu la tête décapitée. Depuis, plus jamais de ce genre de gouvernance royale en France, car plus aucun dirigeant français ne tient à perdre la tête au sens propre comme au sens figuré. Voyez François Hollande: il a préféré se désister plutôt que… d’allumer le feu, comme le chante feu Johnny Hallyday… Le roi Louis XVI (guillotiné le 21 janvier 1793, sur la place de la Révolution à Paris) et la reine Marie-Antoinette (guillotinée le 16 octobre 1793): exemples atroces mais qui ont fait leur effet jusqu’en ce troisième Millénaire…

Le 11 février 1990, Nelson Mandela, après 27 ans, 6 mois et 6 jours d’emprisonnement, a été libéré puis a été élu premier président noir d’Afrique du Sud. Depuis, l’apartheid c’est «plus jamais çà» au pays de Madiba. Voilà pourquoi il existe un Musée de l’apartheid, cette gouvernance raciste par excellence, à Johannesburg, pour que les générations présentes et à venir n’oublient jamais et ne répètent plus les mêmes erreurs fatales.

En 1994, un génocide comme pas possible a eu lieu entre les Tutsis et les Hutus au Rwanda. Depuis le 7 janvier 1995, une « Flamme du Souvenir » part du Mémorial de Gisozin, à Kigali, et  allume le feu des mémoriaux dans trente lieux symboliques des massacres -ayant débuté le 7 avril 1994, avec l’affreuse implication de la radio des 1.000 collines- qui ont fait 800.000 morts en 100 jours. A chacune de ses étapes, le feu du souvenir fait émerger la parole. En cette année 2018, «plus jamais çà», grâce à cette cérémonie et ce Mémorial. Même que le Pays-des-Mille-Collines est devenu le pays le plus vert et le plus propre d’Afrique. Et le plus avancé dans le domaine de l’informatique.

Ce ne sont que des exemples parmi d’autres, à travers le monde. Plus jamais çà! Cela signifie que toutes les erreurs, tous les errements du passé ne doivent plus se reproduire et à aucune prix. A Madagascar, même cette phrase est vide de sens. Seul subsiste, au niveau national, le souvenir du 29 mars 1947 qui, pourtant, a fait 100.000 morts selon les archives françaises. Depuis le retour de l’indépendance, le 26 juin 1960, tous les présidents malgaches élus qui se sont succédé, ont pris un malin plaisir à effacer de la mémoire collective toutes les étapes historiques qu’a vécu la Grande île, avant, pendant et après la colonisation. Si bien que le Malgache d’aujourd’hui n’a plus de repères culturels et historiques et le «copié-collé» est devenu une institution dans la manière même de diriger la nation, de la part de dirigeants parvenus par hasard et par opportunisme au pouvoir. Un pouvoir qu’ils n’ont lâché qu’au prix de vies humaines: 13 mai 1991, 10 août 1990, 7 février 2009. Tous -sauf Zafy Albert, empêché par les députés le 6 septembre 1996, et qui n’a jamais allumé les feux de la haine-, de Tsiranana à Ravalomanana en passant par Ratsiraka. Rajaonarimam-

pianina sera-t-il l’exception à cette règle? Qui vivra verra. Revenons à Mantasoa.

Ainsi les Malgaches, impuissants jusqu’à présent, regardent comme des bœufs regardaient des trains passer inlassablement (au passé car les trains de voyageurs n’existent plus à Madagascar), des «évènements» qui se sont déjà déroulés dans le passé, dans les mêmes endroits et de la même façon. Mais ils en connaissent tous la finalité sur trois générations. Ainsi, pour eux, plus la peine de pousser ces actuels dirigeants voleurs et menteurs dans la fosse, étant donné qu’ils s’y sont mis de leur propre chef. Après 4 ans de pouvoir, 3 Premiers ministres et à quelques mois de la fin du mandat présidentiel, voilà que le gouvernement «de combat» abat une carte qu’il croit nouvelle alors qu’elle est usée jusqu’à la trame. Les R.R.I. (Rapid results initiatives et rira bien qui rira le dernier) n’ayant pas fait long feu et les résultats n’ayant même plus fait l’objet d’un quelconque rapport (alors que l’après cyclones Enawo et Ava si, et même salué par la représentante résidente du Pnud) que déjà, les «combattants Hvm» passent à une chose dont ils ignorent la définition même. Un énième anglicisme qui pue le copinage interne et met à mal la renommée du lieu de villégiature préférée de Dadabe Tsiranana, premier président de la Première république de Madagascar: place au «Team Building» à Mantasoa!

Ils sont réellement en manque total d’imagination ces créatures qui mènent la barque Madagascar en passe de devenir un sous-marin. Le terme «Team building» -qui signifie en français «construction d’équipe» et même «renforcement d’équipe»- est une méthode apparue Aux Etats-Unis au début des années 1980 pour s’implanter en France par la suite, et dont l’objectif est de resserrer les liens entre les membres d’une équipe, de favoriser la cohésion d’équipe, bref de créer un véritable esprit d’équipe. En réalité donc, il s’agit d’un moment de détente pour démontrer le «faire ensemble». Ainsi, les gars du gouvernement de combat malgache à quelques mois de leur adieu au pouvoir (pour la majorité qu’elle le veuille ou non), après quatre ans sans avoir prouvé quoi que ce soit, use et abuse -en ce moment même- d’une méthode vieille de 38 ans ! Mais c’est vraiment fort de café çà ! Car ce «Team building» tardif (quelqu’un a du leur souffler le terme, récemment, fier de cette trouvaille qui épate la galerie mais pas moi), prouve que, depuis tout ce temps, ce gouvernement était complètement incohérent, sans méthode et sans homogénéité.

A y voir plus clair, le «Team building» n’est rien d’autre qu’une bouffée d’air frais récréative aux… frais des contribuables malgaches paupérisés à outrance par des marchés publics à 10 zéros. Même en ariary cela fait beaucoup. Rien que le prix du carburant des dizaines de 4X4 et le montant du séjour de deux jours (hébergement et restauration), çà doit se chiffrer en centaines de millions d’ariary. Réellement, sans faute de zéros dans les comptes comme ceux des marchés publics pris en flagrant délit, mais dont la publication sur Internet a été  stoppée net par une ministre des Finances qui se fout de la redevabilité. Or, cet argent appartient aux citoyens malgaches, que diable ! En passant, une autre preuve vient de s’ajouter au blocage (Forbidden; You don’t have permission to access/on this server) du site de l’AMRP (Autorité de Régulation des Marchés Publics): la brusque démission de son Directeur général, Tovoherihavana Philibert, ce qui constitue une exception dans nos contrées…

Revenons à Mantasoa. Au fait, pourquoi Mantasoa, justement? A part le haut fourneau construit par Jean Laborde qui y est enterré, quel est bien l’attrait de ces dirigeants en perdition pour cet endroit à quelque 70 km à l’Est d’Antananarivo? Le climat, la saint Valentin (14 février)? On ne sait pas, on ne sait plus.

En tout cas, sachez qu’en janvier 2002, il y a déjà eu un précédent, mais avec les membres de la Haute cour constitutionnelle (HCC) -présidée par Georges Thomas Indrianjafy- qui ont reçu chacun une Peugeot 406 neuve. Cette approche a un nom anglophone aussi: «Incentive». En fait, «Team building» et «Incentive» sont des évènements qui ont le même objectif: Remercier, récompenser, d’une part, et motiver une équipe, d’autre part,  par le biais de journée(s) ou d’un séjour en groupe. Le but est de faire plaisir et de marquer les esprits. La différence entre l’ «Incentive» et le « team building » réside dans le choix des activités. Revenons à Mantasoa, il y a 16 ans.

A l’époque, le régime Arema de Didier Ratsiraka n’a rien trouvé de mieux, face au mouvement sur la place du 13-Mai, que de déplacer la HCC à l’hôtel Ermitage à Mantasoa. Et c’est de là que cette dernière, le 25 janvier 2002, a proclamé des résultats qui ont été contestés. Ce qui a abouti à la première fuite en France de l’Amiral, et à l’accession rocambolesque au pouvoir de Marc Ravalomanana qui, en réalité, n’a jamais été élu au premier tour. Certes, vous allez dire que je fais dans le «hors sujet» mais, autant profiter de ce passage pour vous donner les vrais résultats de cette élection présidentielle du 16 décembre 2001. Vous me remercierez après, car cela peut être utile en cette année électorale 2018 pour les spécialistes des chiffres:

Marc Ravalomanana avait engrangé 46,21% des suffrages exprimés devant Didier Ratsiraka avec 40,89%. Ainsi ce sont 200.000 voix qui les avaient séparés. Pour l’ancien président Albert Zafy, le score était de 05,35% des suffrages, suivi des 04,22% de feu, Herizo Razafimahaleo. Enfin ont été comptabilisés le 01,76% du pasteur Daniel Rajakoba et le 01,57% de l’industriel Patrick Rajaonary (les feues Papeteries de Madagascar). Ainsi donc, aucun candidat n’ayant obtenu la majorité absolue, il fallait aller à un second tour. Mais… Revenons à Mantasoa.

De la manière la plus sérieuse du monde, le Premier ministre, Olivier Mahafaly,                   a expliqué que lors de cet intermède entre ministres, les membres du gouvernement vont se pencher sur la question d’insécurité, sur les hausses du prix du riz et des factures de la Jirama. Ahaha! Ce n‘est pas marrant mais je ris, en ayant ouï dire que les membres du gouvernement Mahafaly devront aussi défendre leur bilan respectif. Dans cette optique, chaque ministre aura à ses côtés deux techniciens qui donneront toutes les explications possibles sur les résultats de leur ministère depuis quatre ans. Plus pire (çà ne se dit pas mais çà illustre le fait), il paraît aussi que «le team-building gouvernemental aura pour objet la revue du programme Emergence 2030». He ben dites-donc, dans ce dédale d’intentions aussi théoriques les unes que les autres, comment pourront-ils réellement arriver à sortir Madagascar de ce pétrin de la paupérisation à outrance (plus nocive et mortelle que les investissements du même nom) en moins de temps qu’il faut pour qu’un bébé ne naisse, à présent? Comment interprétez-vous cette déclaration du Premier ministre Olivier Mahafaly: «Les prochaines actions gouvernementales devront se ressentir dans le quotidien». Sinon quoi? Pour l’heure, le compteur est remis à zéro et tout ce qui a été accompli -plutôt ce qui n’a pas été accompli- compte pour du beurre. Ah, elle est belle cette solidarité gouvernementale de l’Omertà depuis 2014, hein !?

Mais pour l’Histoire elle-même -qui est donc un éternel recommencement à Madagascar, jusqu’à preuve du contraire- ce séjour à Mantasoa semble prémonitoire d’une fin pas jolie-jolie pour ce régime qui, en 4 ans, a démontré toutes les facettes qu’une gouvernance exécrable de parvenus et d’arrivistes, peut révéler. Le pire reste encore à venir et ce n’est donc pas encore l’heure des énumérations. Cela sera fait dans la suite de mon ouvrage «Madagascar 2014-2016: sous le Sceau de Lucifer». Le titre? «Madagascar 2016-2018: le chemin de la perdition». Parution ? Ben dans quelques mois car ce sera du lourd, genre 1.000 pages. Pour les archives de l’Histoire, il ne faut pas être avare. Enfin, pourquoi cet article un peu décalé ? Tout simplement pour vous rappeler qu’une nation sans Histoire n’est pas une nation.

Et, jusqu’à preuve du contraire, les dirigeants malgaches actuels font plutôt des histoires et même créent des séries pourtant déjà vécues depuis des lustres.

Jeannot Ramambazafy

 

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