La Gazette de la grande ile

Hery Rajaonarimampianina persiste dans les erreurs historiques

Publié le 14 avril 2018

Comme prévu, avec lui tout est calqué sur ce qui s’est déjà passé au pays. Ainsi, le filoha Hery, dans sa conviction qu’il est encore plus puissant qu’un roitelet du royaume des aveuglés, a procédé, par décrets, au changement de 24 officiers supérieurs de la gendarmerie ayant un poste de commandement. C’était lors du conseil des ministres du 11 avril 2018 au palais d’Etat d’Iavoloha.

Un véritable cyclone s’est donc abattu sur tous les postes de commandement de la «Zandarimariam-pirenena» (ZN). Selon les explications du Commandant responsable de la Communication au sein de la ZN, cela est dû au fait que le nouveau Commandant de la Gendarmerie nationale, le Général de division Andrianjanaka Njatoarisoa (nommé en conseil des ministres le 4 avril 2018), a un grade inférieur à certains de ses nouveaux subordonnés. Déjà, cela signifie que les promotions et nominations rajaonarimampiennes ne suivent pas la logique de l’ancienneté, mais émanent de calculs hautement politiques. A savoir, une réélection avec l’appui évident de ces 24 officiers supérieurs « miraculeusement » promus. Et à quelques mois de la fin du mandat présidentiel. Vous croyez au hasard ? Moi pas…

Et c’est indéniablement cette démarche de politisation des forces armées malgaches, par son Chef suprême selon la Constitution (il est expert-comptable et pas militaire de carrière), qui a poussé les Généraux et Officiers supérieurs en retraite à sortir de leur… retraite pour tirer la sonnette d’alarme, le 11 avril 2018, à «La Rotonde» à Besarety: « (…) Il n’est plus concevable que le peuple soit pris en otage à cause d’un dialogue de sourds qui s’est installé et provenant d’une mauvaise gestion des affaires de l’État (…). Nous, les aînés, nous lançons un appel à l’adresse de nos cadets de l’Armée : afin d’éviter les erreurs, sachez prévenir plutôt que guérir afin que nos compatriotes ne nous considèrent pas comme une force de répression. Les intérêts supérieurs de la Nation doivent primer sur toute autre considération. L’Armée et les forces de maintien de l’ordre constituent le glaive et l’épée et demeurent le dernier rempart de défense du peuple et de la Nation ».

Dans l’Histoire politique de la Grande Ile de l’Océan Indien, hors périodes transitoires, je le précise ici, ce n’est pas la première fois que les forces armées sont mises au service des dirigeants du moment et que des officiers supérieurs (retraités ou non) sortent de leur réserve lorsqu’un grand danger menace la nation toute entière.

Déjà, le 13 mai 1972, après le retour de l’Indépendance, ce sont des membres des FRS (Forces républicaines de sécurité) calquées sur les CRS (Compagnies républicaines de sécurité) en France, qui ont tiré sur nous, étudiants, sur l’avenue de l’Indépendance (j’avais 18 ans à l’époque et j’étais là). Ce, suivant les ordres du président Philibert Tsiranana qui avait déclaré «Ataoko Tsak tsak zato arivo» (cela peut être traduit et interprété par : je ferai tirer dans le tas). La sécurité de qui, alors? Mais il venait de signer la fin définitive du régime PSD (Parti social démocrate). Le premier chef d’Etat malgache, militaire de carrière, a été le Général de Division Gabriel Ramanantsoa, alors Chef d’Etat-major général. Il avait reçu les pleins pouvoirs du président Tsiranana, le 18 mai 1972. Le Général Ramanantsoa forma alors le premier gouvernement d’union nationale, composé de techniciens civils et de militaires. Il nomma même des gouverneurs militaires à la tête des six provinces. N’étant pas politicien, Ramanantsoa n’a jamais eu de projet politique fiable et viable. Du coup, trois officiers « ayant des idées », commencèrent à les faire émerger. Il s’agissait des colonels Richard Ratsimandrava, ministre de l’Intérieur et commandant de la gendarmerie nationale, Roland Rabetafika, Dg du gouvernement, et du jeune capitaine de frégate Didier Ratsiraka, ministre des Affaires étrangères. Mais ils avançaient en ordre dispersé, car il était évident que chacun avait son ambition personnelle…

En 1974, voilà que le colonel Bréchard Rajaonarison, alors conseiller militaire du général Ramanantsoa, a aussi des « idées ». Elles reposent sur la question ethnique au sein des forces armées et la décentralisation du pouvoir. Déjà ! Bréchard entre carrément en rébellion et se retranche au camp du GMP (Groupement mobile de la police) à Antanimora Antananarivo. Cette mutinerie est vite matée, mais elle entraînera la démission de Ramanantsoa qui, le 5 février 1975, remettra à son tour, les pleins pouvoirs à Ratsimandrava qui sera assassiné le 11 février 1975. Un directoire militaire est alors mis en place dans lequel Didier Ratsiraka va s’imposer et imposer aussi un programme… révolutionnaire. Ce, malgré les idées très « ratsimandravistes » des commandants Soja et Richard Andriamaholison et du capitaine Désiré Philippe Ramakavelo. Quoi qu’il en soit, Ratsiraka parvient au pouvoir et il utilisera les forces armées à son service, de manière très machiavélique.

Pour stopper toute contestation d’origine militaire, il usera d’une stratégie très… militaire. Il va intégrer les « forces armées populaires » dans la politique globale de la révolution socialiste. Son « Boky mena » (livre rouge) redéfinit le rôle des militaires comme « supports de la nouvelle idéologie socialiste » et comme « défenseurs de la révolution », au même titre que les paysans, les ouvriers et les intellectuels. Du coup, si les effectifs augmentent de manière exponentielle, les conditions de vie dans les casernes, elles, régressent pour ne pas dire plus. Or, dans les années 1980, les dépenses militaires ont augmenté de manière très… visibles. Pourquoi ? Parce que l’homme, devenu amiral, a littéralement miné le potentiel militaire en éliminant de manière officielle les trois armes traditionnelles (Terre, Air, Mer) avec la création de trois états-majors (armée du développement, forces aéronavales et forces d’intervention), sous l’autorité unique d’un état-major général. Il fallait le faire. Il faut noter, cependant, que leur mission officielle était le maintien de l’ordre interne et la gendarmerie avait encore continué à jouer son rôle.

Mais, d’un autre côté, il avait mis en place des unités spéciales dédiées spécialement à son service : la BANI à Ivato, la BANA à Antsiranana ; les RFI 1 et 2 ; les unités de commandos de la gendarmerie (GSIS…), et le fameux RESEP (la garde présidentielle). Les membres de ces unités spéciales étaient mieux équipés, mieux entraînés et mieux «motivés» que le commun des hommes en treillis de la révolution socialiste qui n’a abouti nulle part… Quelle était alors la mission de ces super-hommes directement sous les ordres de l’amiral Ratsiraka ? Elles étaient mobilisées pour réprimer tout regroupement de civils, à la manière de l’actuel Emmoreg. Sous le prétexte de « troubles à l’ordre public » et même «d’insurrection» (« fanongam-panjakana » actuellement). Ainsi de la répression mortelle sur les adeptes du Kung-Fu en 1985 ; et de celles, toutes aussi mortelles, des manifestations des «Forces vives» («Hery velona») en 1991 (Toamasina, Antsiranana et aux abords du palais d’Etat d’Iavoloha). Tout cela ne lui aura servi à rien. Lui qui avait déclaré : « vous aurez beau tourner 7 fois, 77 fois, 777 fois -en référence au mur de Jericho, leitmotiv des « Hery velona » du Pr Zafy-, je ne quitterai pas le pouvoir (« Tsy hialà aho ! ») ». Oui mais, à peine un mois plus tard, il s’enfuit la queue entre les jambes pour un premier exil vers la France « reny malala ».

1996, la parenthèse Zafy Albert. Exception confirmant toute règle, ce président, élu en 1993, n’a pas dit de bêtises ni durant son mandat ni après son empêchement définitif par les représentants du peuple malgache de l’Assemblée nationale de Tsimbazaza, et n’a jamais utilisé les forces armées pour le servir. Son empêchement a été proclamé le 6 septembre 1996 par la Haute Cour Constitutionnelle (HCC). Un point à retenir : Zafy Albert avait bien tenté une « dépolitisation » des forces armées. Mais il a donc dû quitter prématurément le pouvoir et n’a pu aller jusqu’au bout de cette tentative.

De retour au pouvoir, car élu à nouveau en 1997 contre Zafy (ce qui confirme la versatilité d’un peuple), Ratsiraka place cet énième et dernier mandat sous la bannière de « l’humanisme écologique ». Mais son premier acte a été de toiletter la Constitution de 1992 stipulant que le Premier ministre devait être issu de l’Assemblée nationale. C’est ce statut mal défini des relations entre le Président et le Premier ministre, qui avait entraîné l’empêchement d’Albert Zafy par les députés. Ensuite, la politisation des forces armées réapparaît. Plusieurs militaires sont nommés dans le gouvernement et certains briguent même un mandat électif sous les couleurs du parti au pouvoir. Des officiers «mutins» en 1991 à Antsiranana, sont graciés avec rappel de solde et avancement. Il s’agit des capitaines Coutiti, Rahitso et Gégé… Du coup, cela va raviver les clivages au niveau des officiers avec un retour également de « l’ethnicisation » du tableau d’avancement des officiers et des pratiques discriminatoires dans l’attribution des postes de commandement, en fonction du degré de loyauté au régime et non plus du degré d’ancienneté. Les mieux gratifiés étant certains officiers impliqués, de près ou de loin, dans les «affaires» de la famille présidentielle (pierres précieuses surtout). La cerise sur le gâteau de cette politisation des militaires se situe à la veille de l’élection présidentielle du 16 décembre 2001. Dans toutes les casernes, une circulaire intitulée « Hetsika safidy tsara » (Mouvement pour un bon choix) a… circulé. Elle provenait de la hiérarchie militaire et intimait, sans ambages, officiers, soldats et leurs familles à voter pour le président sortant.

On connaît la suite. L’amiral a eu face à lui un laitier coriace et plus retors que lui. En effet, Marc Ravalomanana a refusé un second tour, malgré des accords signés deux fois à Dakar, agrémenté d’un authentique baiser de Judas. Et pour chasser une seconde fois l’Amiral, il a utilisé des militaires réservistes dans une « pacification » extrêmement mortelle en 2002. Il faut dire, cependant, que Didier Ratsiraka avait fait dynamiter tous les ponts entourant la ville d’Antananarivo, dans le but de l’asphyxier économiquement… Seuls des unités d’élite peuvent faire cette besogne de destruction. Mais il faut se rappeler qu’à l’époque, des officiers de l’Etat-major des forces d’intervention et du 1er RFI avaient exigé le retour à leur base respective de leurs éléments mobilisés aux barrages de Brickaville et d’Andatabo (Toliara) ainsi que ceux utilisés dans des actes «terroristes» à Sambava. Ces officiers avaient aussi posé la question suivante :Est-ce que les forces armées ont le devoir de défendre la patrie et le peuple ou les intérêts privés d’un régime politique vacillant? Un Komity miaramila miaro ny safidim-bahoaka (KMMSB ou Comité militaire défendant le choix du peuple) roulant pour Ravalomanana fut même créé. C’est vous dire…Quoi qu’il en soit, en mai 2002, Didier Ratsiraka partira pour un second exil français et ne rentrera à Madagascar que le 24 novembre 2011.

Sous Ravalomanana, c’est l’Emmonat (Etat-major mixte opérationnel national) qui a été son soutien armé. Toutes les forces armées sont mis dans ce fourre-tout : policiers, gendarmes et militaires. En 2009, lorsque la population s’éleva contre Tikoland (car Ravalomanana avait dirigé le pays comme il a dirigé sa société Tiko), ce sont les bérets rouges du Capsat (Corps des personnels et des services administratifs et techniques) qui se sont rangés du côté du grand nombre, surtout après le massacre du 7 février à Antaninarenina. Le 17 mars 2009, après avoir dissout son gouvernement et transmis ses pouvoirs à un directoire militaire inexistant dans la Constitution, le laitier d’Imerikasinina s’enfuit en Afrique australe. On connaît aussi la suite qui a été une sixième période de transition après celles de Ramanantsoa, Ratsimandrava, Andriamahazo, Zafy et Ratsirahonana.

Actuellement, le régime Rajaonarimampianina (président élu en 2013) se retrouve dans les mêmes conditions qu’à la veille de l’élection présidentielle de décembre 2001 et il commet les mêmes erreurs et en pire. De son côté, pour faire un jeu personnel, Rolly Mercia, ministre de la Communication, agit exactement comme son prédécesseur sous Ravalomanana, Bruno Andriantavison qui fut ministre des Télécommunications, de la Poste et de la Communication du gouvernement dirigé par le général Charles Rabemananjara (encore un militaire). De ce Bruno-là, qui a signé lettres de mise en demeure sur lettres de fermeture de médias, on n’en entend plus parler du tout. Il avait fait plus fort encore que Fredo Betsimifira, alors ministre de l’Information, de la Culture et de la Communication sous Didier Ratsiraka. Fredo a même été bombardé « gouverneur d’Antsiranana ». Mais cela les a amenés où sinon à l’exil et à l’anonymat complet ? C’est bien ce qui attend Rolly Mercia, le grand nouveau « menaceur » de journalistes devant l’Eternel. A moins qu’il ne se suicide comme Judas Iscariote. Tout est possible ici-bas.

« Si nous sommes capables d’apprendre à avoir un recul intelligent sur notre passé, on peut espérer avoir une réflexion sensée sur notre futur. Car sans aucun doute notre incapacité à avoir une vision à long terme est une des causes de ces crises cycliques à répétition, censées nous délivrer d’un tyran, mais qui n’aboutissent finalement qu’à un copier-coller, en changeant juste les noms et les dates. En mai 1972 comme en mai 2009, les opposants n’ont pas accès à la Radio nationale. Les opposants sont arrêtés et emprisonnés pour leur opinion, pratiquement sous les mêmes prétextes fallacieux que pour Raparison et Chapuis : diffusion de fausses nouvelles, outrage au Gouvernement, tentative de trouble de l’ordre public, incitation de la population à ne pas avoir confiance dans les autorités. Devant une telle incapacité à retenir les leçons du passé, comment peut-on prétendre préparer l’avenir ? » (in : «de 1972 à 2009 :  L’éternel recommencement?» par Ndimby A. Madagascar Tribune du 25.05.2009).

C’est exactement la situation qui prévaut encore en ce mois d’avril 2018, sous ce régime Hvm/Rajaonarimampianina les gars! Et ils croient que leur proche chute et fin sera autre. Vraiment, dirait le PM Olivier Mahafaly…

Jeannot Ramambazafy

Sources: archives personnelles et Jaona Rabenirainy (www.cairn.info.)

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