La Gazette de la grande ile

Hors de l’Eglise, point de salut !

Publié le 17 avril 2018

Selon un communiqué officiel sur les échos des festivités chrétiennes de Vohipeno « le Président a appelé tous les Malgaches  à mettre fin aux luttes intestines entre Malagasy, ainsi qu’à la volonté de garder le pays dans l’instabilité politique et la pauvreté. Tout le monde devrait faire une introspection profonde quant à ses actes pour le bien du pays », a-t-il souligné.  Propos incontestables de la part d’une premier responsable de l’Etat pour les habitants d’un pays où pour utiliser le constat d’un administrateur du  temps de la colonisation le système en place « court à la catastrophe les  yeux fermés » à  cause de l’anarchie qui  règne depuis quelques temps dans la conduite des affaires étatiques et au  sein de la population. Ce contexte catastrophique déplorable se résume dans le constat lapidaire du nouvel évêque de  Farafangana qui dans les premiers mots de son homélie avait clairement souligné que « le peuple souffre ». Cette réalité injuste dans un pays aux richesses  et ressources  légendaires ne date pas de l’arrivée de l’équipe actuellement au pouvoir.  Lors d’une rencontre organisée devant  450 jeunes étudiants de Mahajanga, à l’Hôtel Roche rouge, dans l’après-midi de ce 14 avril 2018,  en voulant conscientiser l’assistance « sur le fait que Madagascar, depuis 50 ans, a connu une décadence effrénée et singulière, et qu’il faut à présent se décider à tout changer, à commencer par un changement positif des mentalités », semblent avoir oublier les réalisations basiques d’une première République qui a beaucoup  fait pour l’Aménagement du  Territoire, une mise  à niveau de  tout le personnel cadre destiné à prendre la relève des fonctionnaires de l’administration coloniale.

L’époque de la deuxième République très controversée, il  faut le reconnaître avait pourtant permis l’accès  au  Savoir et au Pouvoir de la population  de toutes régions lointaines. Le choix de la période de cinq décades choisie par l’orateur ne manquera pas  d’induire pratiquement en erreur une  jeunesse appelée à se familiariser avec l’histoire du pays. A propos  de « décadence effrénée et singulière », il  aurait été plus indiqué de situer le mal  à partir de l’émergence  d’une  voyoucratie inaugurée par Marc Ravalomanana et perpétuée tout au long de la Transition  dirigée par Andry Rajoelina et  toujours d’actualité  en l’absence d’une  volonté politique « à tout changer, à commencer par un changement positif des mentalités ». Faute d’avoir  réussi à se consacrer   à leurs devoirs de rendre meilleur la vie de la population le plus grand tort   de ces courtisans amateurs opportunistes de la 4ème République découle d’un mimétisme administratif hérité d’un  régime de Transition de tous les trafics et les dérives fondés sur « les pratiques malhonnêtes et injustes, qui nous ont menés à la perte ».

Quand le Chef de l’Etat parle de responsabilités à  assumer, et d’« oser changer pour le développement de notre Nation », il aurait  été plus indiqué que l’exemple vienne d’en haut… Une détermination  civique  dans  ce sens serait plus  que conforme aux vœux sincères  du  Nonce Apostolique qui, à Vohipena dimanche dernier déclare avec foi et conviction la nécessité « de mener un combat dont la mission principale est de délivrer les gens du mal ».  Les  incantations fracassantes en prêchant qu’ « Il faut combattre les actes de terrorisme, la volonté grandissante de corruption, et les velléités de détruire le pays » ne suffit pas de la part d’un homme  du pouvoir. Surtout lorsque  c’est seulement à quelques jours de la fin de son mandat qu’il se réalise finalement qu’«il faut désormais repenser à travailler pour son prochain, et réfléchir au devenir de la société ». Les Chefs spirituels et  toute la chrétienté auront du mal à le croire. Pour la bonne  raison qu’il est trop  tard pour le système pour « pour mettre chacun devant ses responsabilités, et à veiller aux intérêts de la majorité » tout en  faisant appel aux valeurs morales, dans un contexte de réconciliation nationale…

Et puis de  quelle « réconciliation nationale ? » Il ne se passe pas une seule  journée sans que des  actes  abusifs de provocation ne poussent les braves et  honnêtes gens à se méfier  encore plus de ceux en qui ils ont cru à  tort  confier la destinée du pays  lors des  élections de l’an 2013 mais qui ont  fait la sourde oreille aux  appels apostoliques des messages des  évêques. Le moment est  venu pour ceux  qui se trompent  eux-mêmes de méditer sur ces  écrits d’Origène dans son  commentaire sur le Livre de Josué : «  hors de cette demeure, c’est-à-dire hors de l’Église, personne n’est sauvé (extra hanc domum, id est extra Ecclesiam, nemo salvatur) ; celui qui en sort est lui-même responsable de sa mort ». Au fait, une information de  dernière  heure nous apprend que la rencontre préparée à Fianarantsoa par la société civile et les apôtres de la réconciliation de la tolérance programmée pour  aujourd’hui a été interdite hier tard dans la soirée, par les  autorités locales  dans un  excès de zèle oppressif et couard… Qui a  peur de quoi exactement ?

N. Razafilahy

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