La Gazette de la grande ile

Regars Croisés: Les riches, à eux seuls, peuvent-ils tirer l’économie malgache ?

Publié le 17 avril 2018

Devant le constat de la pauvreté persistante et « endémique » dans le pays, la réponse est indéniablement : non. La pauvreté règne toujours en maître dans un pays riche en potentialité et en richesses. Le développement durable est toujours dans un stade végétatif, malgré les annonces fortes. Les riches, à eux seuls, n’ont pas réussi à dynamiser la création de richesses et les 71,5% de pauvres sont dans l’incapacité de relancer la consommation ; telle est la réalité économique à Madagascar.

2018, les malgaches, riches ou pauvres, population ou gouvernants, politiques ou sociétés civiles… sont-ils – à la  croisée des chemins, à l’heure de ne plus se leurrer ou de leurrer l’autre. Les  malgaches veulent-ils le développement de leur pays, accéder à une réelle autonomie, politique, financière, économique comme culturelle, rectifier définitivement l’image négative ancrée dans l’esprit collective, indigène ou étrangère ; où, veulent-ils, encore et toujours, volontairement et indéfiniment, continuer à raisonner « moi d’abord, les autres connait pas » un savoir être différent du « moi d’abord les autres après », à porter les ornières de ces chevaux de calèches remisées, en signe d’ancrage à l’identité malgache tant revendiquée ?

Les chiffres disponibles de la Banque Mondiale (mis à jour le 10 janvier 2016)

Le ratio entre le niveau de vie moyen des 10% les plus riches et celui des 10% les plus pauvres a varié entre 5 à 8 au cours de la période 2001-2012.

PART DES REVENUS détenus par les :

1993

1997

1999

2001

2005

2010

10% des revenus les moins élevés

2,01

2,33

2,48

1,90

2,80

2,58

10% des revenus les plus élevés

20% des revenus les plus élevés

37,04

51,41

30,15

46,04

28,92

45,18

36,64

53,52

31,79

46,64

33,16

47,96

Lecture du tableau : en 2010, 10% de la population ayant les revenus les moins élevés détiennent 2,58% des revenus et les 10% de la population ayant les revenus les plus élevés détiennent 33,16% des revenus. Bien que jouissant de près de la moitié de la part des revenus, cette tranche de la population n’a pu tirer l’économie malgache vers une croissance porteuse de développement durable. Comment expliquer cela ?

Dans un contexte où les pauvres (soit plus de 70% de la population), qui consacrent leurs revenus  à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires ne peuvent accéder aux grands marchés et à la distribution ; ces étals, économie largement informelle, malgré l’effort des agents communaux prolifèrent sur la voie publique ; quel que soient les efforts des agents communaux à réguler le phénomène. Par ailleurs, le petit comme le grand banditisme, la corruption prennent largement leur source et leur légitimité (selon un processus mental)  dans ce désir incompressible de cette frange de population à « bouffer du luxe » coûte que coûte (expression emprunter aux jeunes de la banlieue parisienne du 9-3). Les chiffres indiquent la tendance à la baisse du pouvoir d’achat de ces ménages les plus pauvres ; décelée entre 2005-2012, elle est  de l’ordre de 3,1% en moyenne. Ce constat ne laisse pas envisager une relance de la consommation dans le court et le moyen terme, ce constat n’enrayera pas l’insécurité sur le territoire. La relance économique est tributaire de la consommation de masse, née grâce aux gains de productivité qui permettent des augmentations régulières de pouvoir d’achat et grâce au développement de la protection sociale, une consommation de masse fondée sur l’équipement progressif des ménages en biens, notamment les biens durables.

Ayant brossé l’impact quasiment inexistant sur l’économie formelle de cette tranche majoritaire de la population, il nous reste à analyser globalement les 30% de la population restante et le rôle qu’elle jouer : donner du souffle à l’économie globale du pays. Aucune statistique n’est disponible pour étudier la répartition de cette catégorie de population. Mais c’est dans cette tranche que figure les 20% ayant les revenus les plus élevés. Quant à la classe moyenne, dans une stratification à trois ensembles, elle s’est diluée  dans les deux tranches extrêmes de la stratification (pauvres et riches) pour constituer « la classe modeste », avec un revenu régulier dans le ménage équivalent du salaire minimum de moins 3 ans d’ancienneté ,-classe de ménage qui peine à assurer bon an mal an  la scolarité des enfants  dans les établissements publics- et, la « classe aisée » ménage à deux revenus réguliers au-delà de 3 ans d’ancienneté –classe qui peut dégager un budget des dépenses de santé dans leurs revenus, qui assure une part active dans l’engagement associatif,…Dans ce sens, cette classe joue un rôle dans la stabilité politique, et selon les économistes, est un rouage indispensable de l’innovation et a un rôle socio-économique moteur. Mais aucune statistique n’est disponible pour aller plus loin dans l’analyse. Ces familles « aisées » sont principalement les consommateurs des produits « made in Madagascar »

Passant à ces 20% les plus riches, qui représentent, on ne sait combien en % dans cette tranche restante des 30% de la population restante. C’est l’opacité la plus absolue. C’est de l’extérieur, magazine Forbes, pour ne pas la citer que nous parvient quelques classements. Mais cela n’indique en rien le niveau de répartition des revenus dans ces 20% les plus riches dans le pays ni leur nombre. Quoiqu’il en soit, dans l’économie occidentale ou dite avancée, les analystes économiques arrivent aujourd’hui à converger vers un même schéma : « les premiers de cordée »ne peuvent dynamiser à eux seuls la création de richesses quelques soient les avantages fiscaux accordés.

Mais en plus, à Madagascar, le spectre de la crise politique est omniprésent et cette réalité génère la frilosité de cette classe des plus riches à investir dans leur pays. Aucun climat favorable pour qu’ils investissent, créent et assurent une activité économique formelle, pérenne et structurée. Aucune garantie en cas de crise, les investisseurs étrangers rapatrient leurs avoirs et leurs investissements, les investisseurs autochtones restent dans l’impasse : soit ils retirent leurs investissements, ils sont accusés de « faire fuir les capitaux, à l’étranger », soit ils voient leurs affaires périclitées sous l’œil indifférent ou malveillant de l’autorité et de la population.

Quel que soit le domaine d’investissement, l’investisseur autochtone est pénalisé. Les mécanismes de remboursements  des investissements étrangers sont posés et garantis par l’Etat, ce qui n’est pas le cas des investissements autochtones. Le risque est donc très élevé pour ceux-ci. En cas de difficulté, ils ne peuvent brandir le spectre d’un conflit diplomatique. Deuxième écueil, la parité de la monnaie malgache leur est défavorable. Il est incontestable que la tendance du taux de change est à la baisse. Or les inputs sont à payer en devise Troisième écueil, les investisseurs autochtones sont tributaires de la stabilité interne comme externe de la monnaie malgache, de l’évolution de l’économie mondiale et, eux aussi des choix de gouvernance. L’homo œconomicus rationnel ne se lance pas dans une aventure entrepreneuriale tant que les chances de succès restent faible ou aléatoire.

Cependant, quelques investisseurs autochtones ont relevé le défi, ont tablé sur la pérennité de l’entreprise ; certes ce ne sont pas les grands chantiers structurants et pour  beaucoup les produits sont destinés à l’exportation ; mais ces industries, ces exploitations créent des emplois stables, des revenus stables pour des milliers de famille malgache. En est-il de même des zones franches ?

Les 20% des plus riches ont vocation a consommé du luxe. Or les produits de luxe sont par essence essentiellement des produits occidentaux. Nous voyons donc, ces consommateurs faire régulièrement  leur marché ou se faire soigner à l’extérieur. L’aéroport n’est pas uniquement une vitrine pour le tourisme.

La COP à Paris a été l’occasion de sortir un rapport qui souligne la responsabilité des 10% des personnes les plus riches, au niveau mondial, dans les émissions de gaz à effet de serre, 50%, du fait de leur consommation ostentatoire et de leur mode de vie. Quant aux 50% les plus pauvres, ils n’émettent que 10%. Quant est-il à l’échelle de Madagascar ?

La répartition de revenu est donc cruciale à Madagascar pour relancer durablement l’économie et pour être moins tributaire des apports des investisseurs extérieurs. Une période de réussite économique, à prendre en référence les Trente Glorieuses. Les écarts de revenus entre les PDG et les ouvriers étaient de l’ordre de 1 à 30.

Nancy RAZANATSEHENO

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