La Gazette de la grande ile

Résistance au Ministère de l’Intérieur: Corporatisme malsain

Publié le 17 avril 2018

Des voix s’élèvent au Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation. Elles refusent que ce Ministère soit confié à un homme ou une femme qui ne serait pas issu du corps des administrateurs civils. Quel corporatisme malsain et minable ! Quel nombrilisme lamentable et puant ! Au XXIème siècle, on est encore là… Il est stupide de soutenir mordicus que le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation doit revenir à un administrateur civil ou que le Ministère de la Justice doit être tenu par un magistrat. Quelle absence d’ouverture d’esprit et quel manque d’humilité ! Actuellement, le Ministère de l’Education Nationale est dirigé par un enseignant. Pourtant, notre taux d’analphabétisme est un des plus élevés au monde. On trouve un médecin à la tête du Ministère de la Santé Publique. Cependant, il ne parvient pas à éradiquer la peste, le choléra, la lèpre et le paludisme. Si l’on poursuit cette logique rétrograde et absurde des administrateurs civils, il faudrait que le Ministère des Sports soit entre les mains d’un boxeur ou d’un haltérophile. Il faudrait que le Ministre de l’Agriculteur soit un planteur de riz et que le Ministre des Forêts soit un bûcheron. Si l’on poursuit ce raisonnement con et abscons, il faudrait que le Ministre des Transports soit un chauffeur de minibus et que le Ministre de la Culture soit un romancier ou une star du rock. Même si un Ministre des Travaux Publics est un ingénieur, il ne lui appartient pas de prendre une truelle et un fil à plomb pour construire des murs et des ponts. On ne répètera jamais assez que le poste de Ministre est une fonction politique, mais non pas technique. Peu importe qu’un Ministre soit un technicien ou non, il doit juste s’entourer des meilleurs techniciens. Les administrateurs civils qui insistent pour que le Ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation soit issu de leur corps se donnent une importance qu’ils n’ont pas. Si leur expertise dans l’administration publique était avérée, l’administration serait plus cohérente et moins corrompue. Le corporatisme des administrateurs civils n’est pas seulement démodé, mais il n’a pas prouvé son efficacité. Il aboutit même à un conservatisme proche de la sclérose. Ce prétendu corps d’élite brille avant tout par une faillite de la pensée. A quoi sert un Ministre doté d’un solide bagage théorique utile à sa fonction ministérielle s’il ne dispose pas d’un budget suffisant, s’il n’est pas intègre et s’il n’est pas soucieux d’une bonne gouvernance ? Pataugeant dans un orgueil mal placé, les administrateurs civils ne doivent pas penser un seul instant que leur petit diplôme de l’école nationale d’administration de Madagascar (obtenu dans certains cas à grand renfort de corruption) leur donne un droit exclusif et permanent sur le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation ou sur tout autre Ministère. Il faut qu’ils redescendent sur terre et qu’ils aient la décence et l’humilité de comprendre que le Ministère de l’Intérieur et de la Décentralisation n’est pas leur chasse gardée. Pour s’en convaincre, les administrateurs civils qui savent lire n’ont qu’à se pencher sur la Loi n° 2003-011 du 03 septembre 2003 fixant le Statut Général des Fonctionnaires et ses décrets d’application ainsi que sur le Décret n° 2006-340 du 30 mai 2006 portant régime particulier du corps des Administrateurs civils. Ce n’est pas en s’arrogeant des privilèges au forcing qu’ils vont améliorer leur piètre image. S’ils ont confiance en leur niveau de connaissances, conforté par leur diplôme, ils devraient d’abord se débarrasser de cette mentalité d’attardés. Ils devraient dépasser leurs petits préjugés au service de petits intérêts. S’ils veulent garder la mainmise sur les extorsions de fonds liées à l’octroi de visas et passeports, ainsi que le monopole sur les détournements de deniers publics dans le cadre des élections, ils n’ont qu’à le dire franchement. On a bien compris qu’ils ont faim. Les administrateurs civils qui ont initié cette contestation anticipée ont violé leur obligation d’honnêteté et de neutralité. Comme personne n’a été sanctionné, cela signifie que cette pseudo désobéissance est, bien évidemment, une manœuvre politique.

Lola R et Phil de Fer

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