La Gazette de la grande ile

REGARDS CROISES: Demande de crédits extraordinaires pour les événements à Madagascar: Immersion dans le passé pour éclairer le devenir ! (suite)

Publié le 16 mai 2018

Nous rapportons aux lecteurs de la Gazette, un débat au Parlement français, en date du 28 juillet 1885 où Jules Ferry justifie sa demande de crédits supplémentaires pour déployer la politique coloniale de l’Etat français à Madagascar.

Serions-nous en droit de penser que notre « ex »-colonisateur ait les mêmes intentions plus d’un siècle après, sous couvert de partenariat ?

RC porte à l’attention des lecteurs qu’abstraction a été faite des joutes oratoires parlementaires habituelles, dans les extraits ci-dessous.

L’argument principal de Jules Ferry, dans un contexte où la Chambre est en pleine controverse dans la poursuite d’une grande politique coloniale française, repose sur la volonté de préserver et d’étendre son territoire colonial face à l’hégémonie anglaise.

Les lecteurs prendront également connaissance de la théorie des « races supérieure et inférieure » qui semblait en vigueur à l’époque.

Il est évident que le grand malheur de cette affaire, c’est qu’il a fallu l’engager à un moment où elle coïncidait avec une entreprise plus considérable qui occupait alors toutes nos forces disponibles. Je dis là des choses qui sont, comme il est superflu de le faire remarquer, l’application du bon sens à la politique coloniale, et il n’y a pas, dans ce monde, d’autre politique que la politique qui est fondée sur le bon sens. Voilà la politique que nous défendons, que nous avons défendue, et, je me permets de le faire remarquer, elle ressemble, à s’y méprendre, à la politique qui a été exposée hier par les organes du Gouvernement : nous avons le grand bonheur, en vertu de cette continuité de traditions qui est de l’essence de la politique des gouvernements français, de nous trouver d’accord avec les dépositaires actuels du pouvoir, de même que, nous, nous étions protégés et couverts nous-mêmes par les actes de plusieurs des administrations précédentes, qui n’ont jamais hésité, ni les unes, ni les autres, sur la suite à donner aux affaires du Tonkin, pas plus que sur celles de Madagascar.

M. Paul Bert – On a différé sur la manière de les engager.

M. Raoul Duval – C’est ce qu’on appelle embrasser les gens pour les étouffer.

… / …

M. Jules Ferry – Voilà le programme de notre politique coloniale, et, ainsi conçue, c’est, en effet, une vue de politique systématique et qui, comme le disait l’honorable M. Pelletan dans son discours de samedi dernier, repose tout à la fois sur des principes économiques et sur dés intérêts, sur des conceptions humanitaires de l’ordre le plus élevé, et sur des considérations

politiques…

M. Eugène Delattre – Je crois bien, 20 000 cadavres!

M. Paul de Cassagnac – Dix mille familles en deuil ! Vous trouvez que ce n’est pas assez !

M. Jules Ferry – Quelle exagération fabuleuse!

… / …

M. Jules Ferry – Assurément! Je réponds à mes deux collègues qui siègent de ce côté, je ne crois pas m’être écarté et je n’ai pas l’intention de m’écarter un seul instant de la question. Je dis, avec l’honorable M. Camille Pelletan, que cette politique coloniale est un système ainsi conçu, défini et limité ; qu’il repose sur une triple base économique, humanitaire et politique.

Au point de vue économique, pourquoi des colonies? Pour les nations qui ont superflu de population… (Interruptions à droite. )

Au centre et à gauche – Parlez ! parlez !

M. Jules Ferry – Pour les nations qui ont un superflu de population, soit parce que cette population est pauvre, soit parce qu’elle se développe d’une façon exubérante ; la forme première de la colonisation…

… / …

M. Jules Ferry – Je disais, messieurs, que la forme première de la colonisation, c’est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante.

Mais il y a une autre forme de colonisation : c’est celle qui s’adapte aux peuples qui ont, ou bien un superflu de capitaux ou bien un excédent de produits. (Approbation sur divers bancs.)

Et c’est là la forme moderne, actuelle, la plus répandue et la plus féconde, car les économistes se sont toujours demandé, avec raison, s’il y avait profit à l’émigration des individus.

Et j’ai lu dans des livres savants des calculs qui chiffrent la perte pour chaque colon qui s’en va et quitte la mère-patrie. Il y a donc une contestation possible sur ce point. Il est évident, en effet, qu’un pays qui laisse échapper un large flot d’émigration n’est pas un pays heureux, un pays riche, et ce n’est pas un reproche à faire à la France, ni un outrage à lui adresser que de remarquer qu’elle est de tous les pays de l’Europe celui qui a le moins d’émigrants. (Très bien! Très bien! au centre et à gauche.)

Mais il n’y a pas que cet intérêt dans la colonisation. Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux. L’illustre Stuart-Mill a consacré un chapitre de son ouvrage à faire cette démonstration, et il le résume ainsi : « Pour les pays vieux et riches, la colonisation est une des meilleures affaires auxquelles ils puissent se livrer. »

M. Brialou – Pour les capitalistes !

M. Jules Ferry – Eh oui! pour les capitalistes. Est-ce qu’il vous est indifférent, monsieur Brialou, que la somme des capitaux s’accroisse dans ce pays par des placements intelligents? Est-ce que ce n’est pas l’intérêt du travail que le capital soit abondant dans ce pays? (Interruptions.) Vous savez bien que la France, qui regorge de capitaux… (Non! non! à droite! – Oui! oui! au centre et à gauche), oui, qui a toujours regorgé de capitaux depuis quarante ans. (Nouvelles interruptions à droite…)

… / …

M. Jules Ferry – A ce point de vue, je le répète, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché.

L’expérience démontre, en effet, qu’il suffit… (Interruptions à droite.)

Messieurs, à ce point de vue particulier, mais de la plus haute importance, au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché. On a remarqué, en effet, et les exemples abondent dans l’histoire économique des peuples modernes, qu’il suffit que le lien colonial subsiste entre la mère-patrie qui produit et les colonies qu’elle a fondées, pour que la prédominance économique accompagne et subisse, en quelque sorte, la prédominance politique.

A SUIVRE

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