La Gazette de la grande ile

regards croisés: Demande de crédits extraordinaires pour les événements à Madagascar: Immersion dans le passé pour éclairer le devenir ! (suite)

Publié le 17 mai 2018

Nous rapportons aux lecteurs de la Gazette, un débat au Parlement français, en date du 28 juillet 1885 où Jules Ferry justifie sa demande de crédits supplémentaires pour déployer la politique coloniale de l’Etat français à Madagascar.

Serions-nous en droit de penser que notre « ex »-colonisateur ait les mêmes intentions plus d’un siècle après, sous couvert de partenariat ?

RC porte à l’attention des lecteurs qu’abstraction a été faite des joutes oratoires parlementaires habituelles, dans les extraits ci-dessous.

L’argument principal de Jules Ferry, dans un contexte où la Chambre est en pleine controverse dans la poursuite d’une grande politique coloniale française, repose sur la volonté de préserver et d’étendre son territoire colonial face à l’hégémonie anglaise.

Les lecteurs prendront également connaissance de la théorie des « races supérieure et inférieure » qui semblait en vigueur à l’époque.

M. Edouard Lockroy – Mais c’est une erreur.

M. Jules Ferry – C’est une erreur, dites-vous? Je vais vous démontrer que c’est une vérité historique et prouvée par des faits. Comment expliquerez-vous le phénomène de l’Inde qui vit des produits anglais jusqu’à concurrence de 7 ou 800 millions? Comment expliquerez-vous, pour prendre un exemple plus près de nous, ce phénomène, connu de beaucoup de personnes dans cette assemblée, que l’Algérie, sous l’empire de la liberté absolue, qui, jusque dans ces derniers temps, jusqu’au moment où nous y avons fort sagement transporté les tarifs douaniers de la métropole, était laissée aux colons de se fournir là où ils le voulaient, sur un chiffre de 411 millions d’importations, en ait demandé, en 1882, pour 341 millions à la France et pour 70 millions seulement à l’étranger? C’est ce phénomène que j’ai formulé ainsi: « Là où est la prédominance politique, là est également la prédominance des produits, la prédominance économique.

… / …

M. Jules Ferry – Rien n’est plus contraire à la vérité des faits. A cet égard, l’exemple de l’Algérie est considérable, décisif. Mais, si vous voulez me le permettre, je vais faire passer sous vos yeux un travail très étudié, relevé dans les statistiques officielles : c’est une comparaison entre les exportations de la France et de l’Angleterre dans les colonies.

Messieurs, vous avez souvent entendu dire ici : « Ah ! l’Angleterre, à la bonne heure! Ses colonies se fournissent de produits anglais, tandis que nos colonies, à nous, ne se fournissent pas de produits français. »

Une pareille assertion est tout à fait contraire à la vérité des chiffres : dans les colonies anglaises, le chiffre des exportations d’Angleterre s’élève à 2.225 millions de francs, ce qui fait par tête 10 fr. 30 de produits anglais consommés. Pour les colonies françaises, non compris l’Algérie et la Tunisie, l’exportation de France est de 95.400.000 fr., soit par tête d’habitant 24 fr. 30, contre l0 fr. 30. et nous ne parlons ici que des anciennes colonies, des Antilles et de la Cochinchine ; l’Algérie et la Tunisie restant en dehors de ce calcul.

Voulez-vous que nous y fassions figurer ces deux colonies? Alors, sur l’ensemble des colonies françaises, les exportations de France s’élèvent à un chiffre de 391 millions, ce qui donne par tête une somme de 44 fr. 80.

Ces chiffres vous montrent que, contrairement à l’idée courante, répandue comme beaucoup d’idées fausses, la consommation de nos produits dans nos colonies, par tète d’habitant, est supérieure à la consommation des produits anglais par tête d’habitant dans les colonies anglaises.

On nous dit aussi : « Mais vous fondez de nouvelles colonies, et vos anciennes colonies ne vous donnent point de commerce; elles végètent et dépérissent. »

Messieurs, celte assertion n’est pas exacte non plus. J’ai là, sous les yeux, et je me permets de vous le citer, un travail remarquable, une conférence, faite par un homme très compétent, qui s’appelle M. Cerisier, à la Société de statistique de Paris, et qui figure dans le recueil des actes de cette société. L’attention de M. Cerisier a été attirée sur l’importance de notre commerce avec les colonies, et il s’exprime ainsi :

« Nous possédons actuellement :

« 1° Comme colonies d’établissement, c’est-à-dire comme colonies d’émigration, héritage du passé : la Martinique, la Guadeloupe, etc.

« 2° Comme colonies d’occupation ou de cession, c’est-à-dire résultant d’une prise de possession pacifique ou d’un contrat : la Nouvelle-Calédonie, Taïti el ses dépendances, etc.

« 3° Comme colonies de conquête : la Cochinchine, le Sénégal, le Haut-Sénégal et peut-être le Tonkin et Madagascar, etc.

« Toutes ces colonies représentaient, d’après la douane française en 1881, un mouvement commercial de 217.417.939 fr., dont 126 millions 523.092 fr., pour l’importation en France, et 91.967.373 pour l’exportation de France.

« La comparaison entre 1881 et 1882 pour le commerce général fait ressortir, en faveur de 1882 une légère augmentation de 1.072.000 fr. Cette augmentation s’accentue davantage en 1883, et le chiffre de 217.417.939 accusé en 1881 se trouve en 1883 porté à 234.416.849 francs… » – Voici, messieurs, ce qui est intéressant dans cette citation : – « … J’avais attribué la légère augmentation de 1.072.000 francs constatée en 1882 sur 1881 aux divers travaux de voies ferrées entrepris dans nos colonies du Sénégal et de la Réunion, et j’avais conclu que cette augmentation ne devait pas être attribuée à l’initiative privée, puisque c’est l’État qui construit ou fait construire ces lignes ; mais le chiffre accusé pour 1883 (234.416.849) renverse mes suppositions, et la cause de la différence en plus (17 millions environ) doit être recherchée ailleurs.

« Je constate, en effet, que, si les colonies de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion présentent, comparativement à l’année 1881, une décroissance dans le commerce général avec la France de 8 millions environ, au contraire, les colonies de Saint-Pierre et Miquelon, du Sénégal, de l’Inde, de la Cochinchine, de la Guyane et de la Nouvelle- Calédonie offrent une plus-value de 25 millions en chiffres ronds ; ce qui explique la différence ronde de 17 millions en augmentation qu’accuse sur 1881 le commerce général des colonies de 1883.

« Il en résulte que ce sont nos trois grandes colonies agricoles, nos vieilles colonies, qui sont restées stationnaires, alors que les pays neufs ont, au contraire, accentué d’une façon bien positive leurs relations avec la mère-patrie. Cette constatation « a une grande valeur ».

En effet, messieurs, elle répond, et elle répond suffisamment à la théorie de désespérance et de découragement qui a trop souvent cours en France au sujet de l’avenir de nos colonies et de nos relations futures avec elles.

… / …

M. Jules Ferry – Messieurs, je suis confus de faire un appel aussi prolongé à l’attention bienveillante de la Chambre, mais je ne crois pas remplir à cette tribune une tâche inutile. Elle est laborieuse pour moi comme pour vous, mais il y a, je crois, quelque intérêt à résumer et à condenser, sous forme d’arguments, les principes, les mobiles, les intérêts divers qui justifient la politique d’expansion coloniale, bien entendu, sage, modérée et ne perdant jamais de vue les grands intérêts continentaux qui sont le premier intérêt de ce pays.

Je disais, pour appuyer cette proposition, à savoir qu’en fait, comme on le dit, la politique d’expansion coloniale est un système politique et économique, je disais qu’on pouvait rattacher ce système à trois ordres d’idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation de la plus haute portée, et à des idées d’ordre politique et patriotique.

Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d’expansion coloniale, au point de vue de ce besoin, de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l’Europe et particulièrement de notre riche et laborieux pays de France : le besoin de débouchés.

Est-ce que c’est quelque chose de chimérique? est-ce que c’est une vue d’avenir, ou bien n’est-ce pas un besoin pressant, et on peut dire le cri de notre population industrielle ? Je ne fais que formuler d’une manière générale ce que chacun de vous, dans les différentes parties de la France, est en situation de constater.

Oui, ce qui manque à notre grande industrie, que les traités de 1860 ont irrévocablement dirigée dans la voie de l’exportation, ce qui lui manque de plus en plus, ce sont les débouchés. Pourquoi ? parce qu’à côté d’elle, l’Allemagne se couvre de barrières, parce que au delà de l’Océan les États-Unis d’Amérique sont devenus protectionnistes, et protectionnistes à outrance ; parce que non seulement ces grands marchés, je ne dis pas se ferment, mais se rétrécissent, deviennent de plus en plus difficiles à atteindre par nos produits industriels ; parce que ces grands États commencent à verser sur nos propres marchés des produits qu’on n’y voyait pas autrefois. Ce n’est pas une vérité seulement pour l’agriculture, qui a été si cruellement éprouvée, et pour laquelle la concurrence n’est plus limitée à ce cercle de grands États européens pour lesquels avaient été édifiées en quelque sorte les anciennes théories économiques ; aujourd’hui, vous ne l’ignorez pas, la concurrence, la loi de l’offre et de la demande, la liberté des échanges, l’influence des spéculations, tout cela rayonne dans un cercle qui s’étend jusqu’aux extrémités du monde. (Très bien! très bien!)

C’est là une grande complication, une grande difficulté économique; nous en avons plusieurs fois parlé à cette tribune, quand le Gouvernement a été interpellé par M. Langlois sur la situation économique de la capitale ; c’est là un problème extrêmement grave.

Il est si grave, messieurs, si palpitant, que les gens les moins avisés sont condamnés à déjà entrevoir, à prévoir et à se pourvoir pour l’époque où ce grand marché de l’Amérique du Sud, qui nous appartenait de temps en quelque sorte immémorial, nous sera disputé et peut-être enlevée par les produits de l’Amérique du Nord. Il n’y a rien de plus sérieux, il n’y a pas de problème social plus grave ; or, ce programme est intimement lié à la politique coloniale.

Je n’ai pas besoin de pousser plus loin cette démonstration. Oui, messieurs, je le dirai aux économistes, dont personne plus que moi ne respecte les convictions et les services rendus ; je le dirai à l’honorable M. Passy, que je vois là, qui est parmi nous un des représentants les plus autorisés de l’ancienne école économique… (Sourires) ; je sais très bien ce qu’ils me répondent, ce qui est au fond de leur pensée… – L’ancienne école, la grande! messieurs ; celle, monsieur Passy, que votre nom a illustrée, celle qui a pour chef, en France, Jean-Baptiste Say, et Adam Smith, en Angleterre. Il n’y a dans ma pensée aucune ironie à votre égard, monsieur Passy, croyez-le bien.

(à suivre)

Nancy Razanatseheno

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