La Gazette de la grande ile

REGARDS CROISES: Pourquoi « édifice inachevé » ?… (Suite et fin)

Publié le 13 juin 2018

Nous rapportons aux lecteurs de la Gazette, un débat au Parlement français, en date du 28 juillet 1885 où Jules Ferry justifie sa demande de crédits supplémentaires pour déployer la politique coloniale de l’Etat français à Madagascar.

Serions-nous en droit de penser que notre « ex »-colonisateur ait les mêmes intentions plus d’un siècle après, sous couvert de partenariat ?

RC porte à l’attention des lecteurs qu’abstraction a été faite des joutes oratoires parlementaires habituelles, dans les extraits ci-dessous.

L’argument principal de Jules Ferry, dans un contexte où la Chambre est en pleine controverse dans la poursuite d’une grande politique coloniale française, repose sur la volonté de préserver et d’étendre son territoire colonial face à l’hégémonie anglaise.

Les lecteurs prendront également connaissance de la théorie des « races supérieure et inférieure » qui semblait en vigueur à l’époque.

Conforté par un vote massif de la Chambre, le 27 mars38, le cabinet Ferry avait décidé en effet de raidir sa position. Pour la France, il n’était plus question de négocier la reconnaissance de ses droits sur le nord de l’île, mais de les affirmer en venant sur place les exercer. Dans ces conditions, les entretiens de Miot et Baudais avec les délégués malgaches, le 29 mai, ne pouvaient aboutir qu’à un échec, auquel on s’attendait de part et d’autre.

Miot avait bénéficié de quelques renforts. Il en profita pour intervenir sur divers points de la côte, conformément à ses instructions. Au cours de l’été, une opération menée avec le concours de contingents sakalaves permit l’occupation du littoral faisant face à Nossi-Bé. Vohémar était enlevée de vive force, début décembre, et Diégo-Suarez occupée peu après, sans coup férir. Mais ces opérations avaient leur limite. L’amiral se retrouvait dans la même situation que ses prédécesseurs, avec la dispersion d’effectifs insuffisants, constamment décimés par la maladie. De plus, l’adversaire commençait à mieux se défendre, depuis qu’il était sous le commandement d’instructeurs anglais. Mais cette situation n’était pas sans poser quelque problème aux autorités britanniques.

…/… Arrivé à Tananarive en mars 1884, Willoughby, promu général de brigade, devait être chargé des opérations dans la région de Tamatave. Mais un sujet britannique pouvait-il servir dans l’armée malgache sans contrevenir à la neutralité de son pays ?

…/… Pickering ne dissimulait pas son jeu. Il servait la cause malgache avec autant de zèle que son ami Parrett, qui appartenait toujours à la LMS. Le premier ministre savait ce qu’il leur devait. Il en témoignait lors de l’inauguration du vice-consulat : avec le déploiement des troupes, les salves d’artillerie, la cérémonie du lever des couleurs britanniques prenait un peu les allures d’une fête nationale malgache40. Grâce à son installation dans la capitale, autant qu’à ses liens avec Rainilaiarivony, Pickering s’affichait comme le représentant de la politique anglaise, reléguant à un rôle subalterne le consul en titre, enfermé sur la côte dans une ville occupée par les Français…./…

Pickering était bien placé pour suivre les démarches des intermédiaires qui s’efforçaient de rétablir le contact entre le premier ministre et l’amiral Miot. Mais, sur ses jugements personnels il demeurait discret, comme sur les conseils qu’il donnait à Rainilaiarivony. Du côté français, on semblait renoncer à la revendication majeure, la cession d’une partie de l’île. Mais c’était pour y substituer un projet de protectorat sur l’ensemble du royaume malgache, avec un résident investi des fonctions de ministre des Affaires étrangères.

L’initiative venait de Léon Suberbie, un homme d’affaires établi à Tananarive, qui s’était signalé, en juin 1883, en organisant le départ pour la côte des Français expulsés de la capitale. Avec l’accord de J. Jerry, il s’en ouvrait à Rainilaiarivony dans une lettre du 5 mai 1884 où il définissait le régime envisagé en le comparant à la situation du roi du Cambodge ou de l’empereur d’Annam. Ce n’était sans doute pas la meilleure formulation car, par la suite, l’amiral allait recommander d’éviter le terme de protectorat. L’échange de lettres allait se prolonger sans résultat, des mois durant, jusqu’à ce que Suberbie, découragé, décide de regagner la France. Mais un autre intermédiaire avait déjà pris la relève. Il s’agissait du consul d’Italie, Désiré Maigrot, un Mauricien que recommandait Mgr Cazet, préfet apostolique de Madagascar. La signature d’un traité de commerce servait de prétexte. Mais ce fut en vain que, de juin à août 1885, il fit par trois fois le voyage de Tananarive. Il ne put rien obtenir de Rainilaiarivony qui se refusait toujours à ce que le terme de protectorat figurât dans le traité.

…/…Les propositions malgaches pouvaient difficilement passer pour des concessions : outre une indemnité de 500 000 dollars, Rainilaiarivony n’offrait guère que la cession à bail de la baie d’Ambavatoby, proche de Nossi- Bé, assortie d’une promesse assez vague de neutralisation de la région. Freycinet se borna à demander que ce bail fût transformé en concession, mais, sans parler de protectorats il revenait sur la nécessité d’installer à Tananarive un résident français chargé des relations avec les puissances étrangères41. Ce fut sur ces bases qu’allait reprendre la négociation.

…/…De part et d’autre, visiblement, on semblait désireux de s’entendre…/… De son côté, Rainilaiarivony se rendait compte de l’épuisement de son pays. La guerre coûtait cher, ne fût-ce qu’en fournitures d’armes et de munitions. L’armée avait perdu plus de la moitié de ses effectifs, conséquence des désertions et des ravages du paludisme. Des brigands battaient la campagne et la population, exaspérée par l’abus des réquisitions et des corvées de portage, semblait prête à la révolte. Il fallait faire vite. La délégation malgache fut placée sous la direction de Willoughby, ce qui fut une surprise. Le premier ministre entendait tirer parti de la popularité du général, qui venait d’infliger un échec aux Français. En outre, le cas échéant, il serait plus facile de désavouer un étranger, tout en lui laissant plus de liberté pour négocier.

…/… A l’invitation de l’amiral Miot, la conférence de la paix se réunit à bord de la Naïade, ancrée devant Tamatave, le 15 décembre 1885. La discussion fut brève, puisque, dès le surlendemain, un accord était conclu sous la forme d’un traité en 19 articles, qui témoignait de concessions réciproques. C’est ainsi que les Français reconnaissaient la souveraineté de la reine sur la totalité de l’île. Ils renonçaient à leurs droits de mouillage sur les côtes septentrionales, ainsi qu’à une formule de protectorat, constamment rejetée par le premier ministre. Pour leurs nationaux, ils admettaient l’abolition du droit de propriété qui leur avait été reconnu en 1868 et qui serait remplacé par l’octroi de baux emphytéotiques.

En échange, le gouvernement français obtenait de réels avantages : la cession de la baie de Diégo-Suarez au nord, le versement d’une indemnité de 10 millions de francs, enfin l’installation d’un résident à Tananarive. Ce résident, qui disposerait d’une escorte militaire, serait chargé de « présider aux relations extérieures de Madagascar », mais, précisait l’article 2, « sans s’immiscer dans l’administration intérieure des Etats de SM la Reine ». On pouvait estimer qu’il s’agissait d’un succès pour la France, qui semblait en mesure d’établir sur l’île un protectorat de fait. Mais ce traité qui satisfaisait Rainilaiarivony autant que Freycinet allait être la source de difficultés incessantes entre les deux pays : des conflits insolubles, puisque les versions française et malgache du traité, qui faisaient foi l’une et l’autre, divergeaient sur l’essentiel, les pouvoirs du résident…/…

…/… « C’est un pays que nous avons converti, que nous avons civilisé… »… Pourtant, le gouvernement britannique ne fit à peu près rien pour empêcher les Français de s’emparer de Madagascar, les archives du Foreign Office en apportent  la démonstration.

Nancy Razanatseheno

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