La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE: La république des juges, la république bananière ou la république populaire ?

Publié le 27 juin 2018

Après ces tourmentes populistes démagogiques cycliques provoquées par les oligarchies qui veulent  toujours monopoliser le pouvoir, Madagascar  se  trouve de nouveau à la croisée des  chemins. En  quittant la période de  construction pépère de  ce pays par les premiers dirigeants postcoloniaux  de  toutes  tendances ayant œuvré avec  toute bonne foi pour l’unité nationale et la recherche du  développement des habitants, la  République est tombée sous la coupe des improvisations anarchiques qui ont conduit à la destruction des structures  financières et économiques des régions périphériques (vandalisassions délibérée des Syndicats des Communes, des  filières de la vanille, du girofle et suppression de l’autonomie budgétaire provinciale) au profit de la capitale…La seconde  République  tenta tant  bien  que mal de mettre le  Pouvoir,  le Savoir et surtout l’Avoir  à la portée des régions lointaines jusqu’au niveau des  villages  avant de tomber  sous les  coups  de boutoir des grandes  fortunes d’Antananarivo en  connexion avec les intérêts  étrangers. Puis de 2002 jusqu’après 2009 une  voyoucratie  investit  toutes les  hiérarchies de l’Etat pour le plus grands  bonheur de tous les  trafiquants et les  affairistes des  commerces illicites  des bois  de  rose, de l’or, des produits miniers précieux  et  rares, tout  en  se livrant  aux pillages  des  deniers de l’Etat par les octrois de complaisance des marchés publics. Bon nombre d’observateurs trouvent même qu’à l’heure actuelle cette 4ème République porte toujours les  séquelles l’héritage malsain  d’une Transition de  toutes les  combines protégées et  favorisées par les parrains complices d’un  régime favorable aux nouveaux  milliardaires de l’argent sale.

Pour les  prochains  jours, tout va se jouer  dans le bref  délai, les  habitants de  ce pays n’auront d’autres  choix  que  de consentir à  vivre  désormais sous le  joug des intrigants de  tous  bords qui rêvent  de tenir les  rênes de la magistrature suprême. Pour le moment  avec  cette pléthore annoncée des  candidats à l’élection présidentielle, la  concurrence  va être  très serrée surtout  que les  grosses pointures des  douze collines  de l’Imerina sont  déterminés à ne pas  se laisser  dépasser par les prétendants originaires  des  provinces et  en principe soutenus dès le  départ par  l’électorat côtier. Titillés  dans  leur fierté et susceptibilité clanique, les  chefs de file  de la politique politicienne  de l’Imerina ne manqueront pas de  jouer le  jeu  de la candidature massive dans l’espoir de  voir  que « le meilleur  gagne… » S’il faut  croire les  ragots et les  indiscrétions, en  tablant  sur la quantité, les prétendants de  Babay et  Lohavohitra pour ne pas permettre à un élément exogène de la capitale vont  se présenter  en masse. Rien  que pour mettre mal à l’aise le  téméraire provincial  qui ose  défier l’hégémonie centraliste de la capitale. Dans l’intention inavouée d’émietter les  résultats des  votes  du premier tour, l’intention cachée de  ce beau monde  serait  de  rendre  service à l’un ou l’autre  du  trio  favori des fils d’Antananarivo pour  ensuite soutenir à  fond ce  dernier  au  second  tour. Tactique  enveloppante pour  léser celui qui aura la  témérité de se mesurer à l’un ou l’autre du tiercé (porteur de la bannière respectivement des partis HVM, TIM et  MAPAR dans un territoire qui va  de la rive nord du  fleuve  Mania  jusqu’à  celle de  Betsiboka). Le  recours à  des  candidatures multiples alliées est l’unique stratégie pour  eux  pour battre un  vote sanction  des électeurs des provinces  excédés  et toujours lésés par les  abus et le favoritisme centralisateur des  affairistes de la capitale.

On a  beau prêcher pour une prise se  conscience patriotique digne  des 58 années d’indépendance, force  est de constater que le président de la République actuel prêche dans le désert depuis qu’il dirige le pays  au point  d’avouer qu’à propos de la vie de ce pays  en général, «nous avons collectivement l’impression de stagner, alors qu’aucune guerre n’a dévasté notre pays ». Fustigeant les  « fauteurs  de troubles » avec une allusion précise  sur les  adeptes  du  coup d’Etat, le  « Rajao »  que  récemment, des  esprits mal intentionnés  avaient  cherché à  chasser  du pouvoir n’hésite pas  à  déplorer « Et sur les présidents élus, deux ont subi une tentative de renversement peu de temps après leur arrivée au pouvoir, comme pour les châtier d’avoir ébranlé les règles tacites d’une caste politique verrouillée, qui se partage le pouvoir comme on se dispute un butin ». Ignorant  superbement qu’il n’y a pas  de fumée  sans  feu, le président  sortant en  fin  de mandat dénonce « les règles tacites d’une caste politique verrouillée, qui se partage le pouvoir comme on se dispute un butin ». Serait-ce parce  qu’il ignore ou  fait  semblant qu’il tonne  après  «une guerre sourde, une guerre voilée, une guerre qui ne dit pas son nom, qui avance sournoise et masquée et qui se mène contre le peuple, en prenant même les habits du peuple ! Cette guerre, c’est celle des profiteurs qui se délectent dans le chaos comme on se roule dans la boue»! Parce  que les  analystes  et observateurs  lucides  sont unanimes pour affirmer de  concert avec les chefs des Eglises que «Mauvaise gouvernance, affairisme et partage inégal des richesses sont au final quelques-uns des obstacles à la croissance et au développement durable de Madagascar. Un fossé permanent subsiste entre la population et une oligarchie dirigeante armée d’un pouvoir autoritaire régulièrement à bout de souffle. Le pays, malgré le processus électoral de 2013, est aujourd’hui toujours dans l’impasse. » On se perd  en conjecture en  entendant  le président discourir qu’ « En ces temps de détresse, ils sont nombreux les faux prophètes, qui achètent les âmes avec l’argent accumulé aux dépens du peuple. (…) C’est la guerre des intérêts et de l’argent contre le bonheur du peuple»!  Tout le monde  est  d’accord  avec lui pour  dire  que « Ca suffit ». Surtout que  comme il le dit  si bien « Nous avons vu tant de politiciens qui pensaient pouvoir acheter le pouvoir à coup d’Ariary. On ne peut accepter de profiter de la pauvreté et de la détresse du peuple pour les payer voire les intimider, et les lancer dans les rues en espérant en faire des martyres au profit d’ambition politique » ! Le moment  est  venu pour les  habitants  de  ce pays  de ne plus  se laisser  berner  bêtement par les  beaux discours. La population  a  le  choix  entre l’avènement de la République  des  juges, une  République  bananière ou une  véritable  République  populaire  acceptée par  tous basée sur une refondation nationale au lieu  de  se précipiter  bêtement  vers une  élection  anticipée avec les prévisibles  et inévitables  conflits (pré, pendant et post électoraux).

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