La Gazette de la grande ile

Hery Rajaonarimampianina: Appel hypocrite aux grévistes !

Publié le 27 juin 2018

Les grèves dans la Fonction publique vont-elles cesser à partir de cette semaine ? On a beaucoup chuchoté en effet qu’après les festivités du 26 juin, le mouvement sera moins intraitable et que les employés vont en nombre reprendre le chemin du travail. On ne sait au juste, mais dans deux départements au moins, la grève va se poursuivre et aucune concession ne sera faite au régime. Au ministère des Postes et Télécommunications d’abord où le nouveau ministre Hvm est rejeté en bloc par les employés et cadres. Ensuite au ministère de l’Education nationale où les enseignants se montrent particulièrement motivés et ne reculent même pas devant une éventuelle année blanche (c’est-à-dire sans examen). Le mouvement de la Place du 13 Mai s’effritant progressivement, les syndicats se sont relocalisés vers leurs ministères et y ont adopté des slogans moins politiques mais plus corporatistes.

La grève des enseignants publics inquiète au plus haut point les parents d’élèves et provoque chez eux moult récriminations. Conscient de la montée du mécontentement à ce sujet, Hery Rajaonarimampianina s’efforce de se décharger de ses responsabilités et de pointer un doigt accusateur vers les grévistes. Voici ses propos lors du week-end à Ihazolava (district d’Ambatolampy) : « Enseignants, ce sont vos enfants, ne les abandonnez pas. Je fais appel à votre sagesse, évitez l’année blanche. Des centaines de milliers d’yeux sont fixés sur vous, faites taire vos ambitions politiques… ». On aura remarqué la manœuvre habile du chef de l’Etat : il détourne de sa personne la fureur populaire et la canalise vers les grévistes. Par cette tactique, il espère voir les enseignants céder face aux pressions des parents d’élèves et regagner les salles de classe.  Un appel hypocrite en fait car chez lui, l’essentiel est de conserver son poste et même de perdurer au pouvoir. S’il avait vraiment voulu la fin du mouvement, il aurait fait un premier pas en direction des grévistes en retirant le ministre Hvm, Horace Gatien, objet des contestations. Mais il n’a pas fait ce geste et garde le ministre contre vents et marées car il en connaît l’avantage pour son régime : à l’élection présidentielle, un ministre de l’Education nationale Hvm peut drainer vers Hery Rajaonarimampianina des millions de voix. Car il exerce sur l’appareil (directeurs régionaux de l’enseignement, chefs de circonscription scolaire, chefs de zones pédagogiques, directeurs d’établissement etc.) une pression favorable au régime : contraindre les 50 ou 60 000 enseignants publics à « bien voter », amener ceux-ci à faire de la propagande active pour « le candidat » (un personnel qui sait parler en public et exposer des idées), inciter les responsables pédagogiques cités à inoculer la menace suivante aux électeurs (surtout ruraux) : si tel candidat n’est pas élu, l’école sera fermée. Souvent le jour du vote d’ailleurs, le directeur  se tient au portail de l’établissement et chuchote le « projet » ci-dessus aux votants…

Beaucoup de motivation en tout cas chez Hery Rajaonarimampianina et les autres candidats gagneraient à se mettre à son …école.

Adelson RAZAFY

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