La Gazette de la grande ile

Dates des élections: Feront-elles le consensus ?

Publié le 01 juillet 2018

Propulsé à la Primature pour organiser une élection présidentielle libre, crédible et transparente, Christian Ntsay a rempli hier une première mission. Il a en effet annoncé officiellement les dates du scrutin : le premier tour le 7 novembre et le second tour le 19 décembre. Ce n’est pas à proprement parler la « saison sèche » comme indiquée par la Haute Cour  Constitutionnelle (Hcc), mais la physionomie du mandat présidentiel veut l’élection tombe toujours au moment des pluies. Par ailleurs, un accord politique, un vrai, aurait pu prendre le pas sur les contraintes constitutionnelles et étaler les deux tours sur huit semaines (et non six comme annoncé hier). Ce qui aurait donné de l’air à l’organisation et éviter le sprint dans la collecte des résultats et le traitement du contentieux électoral. Tel quel, le calendrier oblige à la précipitation et va générer au bout du compte insatisfaction et frustration.

Il n’est pas sûr en tout cas que les dates fassent le consensus au sein de la classe politique. Déjà avant leur publication, les vues étaient divergentes sur la question. Si certains appellent des élections dans les meilleurs délais, d’autres dénoncent la hâte et auraient souhaité des dates renvoyées en 2019. On en connaît deux qui sont comblés par l’annonce d’hier. En premier lieu Hery Rajaonarimampianina, échaudé par la vive contestation et la requête en déchéance de ces derniers mois, et qui réclame des élections pour consolider son poste et clouer le bec de ses opposants. En second lieu Andry Rajoelina qui se considère comme étant dans une dynamique favorable et qui veut battre le fer pendant qu’il est chaud. Il est vrai que dans ses tournées régionales, la vue des masses qui viennent à lui ne peut que l’inciter à souhaiter des élections rapides.

Mais il y a ceux qui sont réticents et qui ne manqueront ces prochains jours d’élever la voix.  Citons d’abord Marc Ravalomanana qui n’est pas entièrement sûr de pouvoir entrer en lice, et voudrait des assurances plus solides avant la fixation des dates. Il est vrai aussi que son parti, le Tim, réclame des mesures allant dans le sens de la neutralité de l’organisation avant de se prononcer. Ainsi Me Hanitra Razafimanantsoa veut que la Hcc soit remplacée par une Cour électorale spéciale le temps du scrutin, et souhaite un remaniement de la composition de la Ceni et de ses démembrements, de même que le remplacement des tous les fonctionnaires d’autorité (chefs de région, préfets…). On notera par ailleurs ceux qui pointent le doigt sur des motifs non électoraux . Ainsi hier, un vaste mouvement « pour la refondation » s’est réuni et a par la voix de Seramila Beza résumé ainsi ses résolutions : « La refondation veut que les élections commencent au niveau des Fokontany, puis par une réforme du code électoral avant la présidentielle». Evoquons aussi Pety Rakotoniaina, au sortir d’une séance de consultation des partis réalisée par la Ceni : « 95% des gens présents ont estimé que l’élection n’était pas la priorité. Selon eux, il convient d’abord de se pencher sur les raisons des crises cycliques ». L’homme d’ailleurs a ajouté ses vues personnelles sur l’affaire : « Trop de région sont en proie à l’insécurité. Et d’ailleurs, peut-il y avoir des élections apaisées avec ces grèves, ces mouvements de rue, ces kidnappings… ».  Mentionnons également Mara Niarisy, le plus capé de nos députés car élu sans interruption à Ankazoabo-Sud depuis 1993 : « Selon moi, on devrait d’abord réviser la Constitution, réformer le code électoral et enfin tenir les élections vers mai 2019 ».

On n’omettra pas ceux qui souhaitent un référendum avant le scrutin présidentiel. La question qui sera soumise à la population peut être celle-ci : «Faut-il organiser l’élection présidentielle aux dates annoncées par Christian Ntsay, oui ou non ? »…

Adelson RAZAFY

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