La Gazette de la grande ile

Madagascar Corruption : l’effet Christian Ntsay face au réseau maffieux Hvm sera-t-il efficace ?

Publié le 01 juillet 2018

Hier, à la Primature de Mahazoarivo, le Premier ministre Ntsay Christian a dévoilé les dates de la prochaine élection présidentielle : 7 novembre 2018 pour le premier tour et 19 décembre 2018 pour le second tour. Cette information donnée au lendemain de sa présentation du PGE (Programme général de l’Etat), devant les deux chambres (Assemblée nationale et Sénat), démontre que Ntsay Christian ne se démontera pas facilement face aux difficultés -sournoisement internes, il faut le préciser- qui l’attendent au tournant. Ainsi, ce dossier historique est plus que nécessaire pour pouvoir mieux comprendre la suite des évènements passés, présents et à venir. Exercice, peut-être fastidieux, mais essentiel pour l’Histoire politique même de Madagascar.

Ce discours du Premier ministre de consensus, Ntsay Christian, le 28 juin 2018 devant la chambre basse (Assemblée nationale), je l’attendais personnellement depuis 2014, à la condition que le premier Premier ministre de la IVè république de Madagascar fusse nommé dans les règles constitutionnelles. Hélas, non : du 10 avril 2016 au 6 juin 2018, des « dahalo niova fo » (Kolo Roger) aux « gouvernements de combat » (Jean Ravelonarivo et Olivier Mahafaly), il n’y a eu que des charlots à la Primature de Madagascar. Les conseils des ministres et de gouvernement n’étaient que des chambres de nomination et des vestibules de communication pour des sorties budgétivores à l’extérieur. Rien de réaliste, de concret n’est sorti de ces réunions de bénis-oui-oui à part donc des nominations et des limogeages de personnages remis en selle par la suite. Ce jeu appliqué par un pouvoir gagné à l’encan a duré près de cinq années, paupérisant l’ensemble du pays tout entier à travers une mise à sac réelle des richesses de la nation au bénéfice d’étrangers, moyennant pourcentages financiers et matériels.

Le premier Européen débarquant pour la première fois à Antananarivo, vous révèlera sa sidération à la vue de 4X4 nouveaux modèles et flambants neufs parcourant les rues sales d’une ville-poubelle envahie par un peuple mendiant ayant fui les campagnes pour cause d’insécurité rurale, augmentant par la force des choses l’insécurité urbaine dans cette cité des mille ampoules brisées. En effet, l’éclairage public n’existe pas dans les ruelles de la capitale de Madagascar et même sur la fameuse avenue de la libération devenue avenue de l’indépendance. Dans la réalité, les uns (au pouvoir) dépendent des autres (les étrangers aux poches remplis de devises). Au milieu, un peuple paupérisé qui n’en revient toujours pas d’avoir hérité d’un président aussi concombre démasqué (le concombre masqué, amis lecteur, est un héros de BD) que le Hery vaovao… Mais il y a une limite à tout, ici-bas, et il a fallu l’assassinat froid de combattants pour la liberté d’expression -garantie par la constitution mais piétinée par des énergumènes au pouvoir voleurs et menteurs-, le 21 avril 2018, pour faire fléchir ce président par substitution qui sera une deuxième fois sauvé par un Jean Eric Rakotoarisoa devenu milliardaire en ariary. Entre nous, avec l’info en temps réel de ce Troisième millénaire, où compte-t-il se cacher pour dépenser ces deniers de Judas envers ses compatriotes, hein ?

Le 6 juin 2018, apeuré par le fait d’être éliminé constitutionnellement malgré les circonvolutions inconstitutionnelles du futur personnage le plus riche du cimetière, le président le plus haï de son peuple, nomme Premier ministre Ntsay Christian, proposé par Andry Rajoelina, le président de la transition 2009-2014, mais surtout leader du groupement politique Mapar (Miaraka amin’ny Prezidà Andry Rajoelina) qui a réussi à faire élire le plus grand nombre de députés, le 20 décembre 2013, date à laquelle même l’ombre d’un parti Hvm n’existait pas. Passons. Champion du Leadership, possédant le pragmatisme d’un fonctionnaire international qu’il a été de 2008 à 2018, Ntsay Christian n’a que quelques mois pour tenter de remettre de l’ordre dans cet état de non-droit instauré par le régime Hvm/Rajaonarimampianina, en dehors de la mission initiale de son gouvernement hétéroclite (il paraît qu’il faut de tout pour faire un monde, même des détourneurs de deniers public, dans le monde du « marimaritra iraisana » ou consensus malgache…) qui est : organisation d’élections (présidentielle et législatives dont on parle peu) libres, transparentes, reconnue de et par tous).

Le 28 juin 2018, prenant le taureau par les cornes le Premier ministre Ntsay Christian présente un Programme général de l’Etat (PGE) percutant par les termes volontaristes qu’il a utilisés, aux antipodes de la phraséologie dithyrambique et inefficace de ses trois prédécesseurs (le Roger, le Jean et l’Olivier). En voici des extraits de cette présentation et à vous de voir si, effectivement, le Premier ministre Ntsay Christian est de ceux que l’on considère comme une main de fer dans un gant de velours…

(…) Hisy ny fanaovana ny « marche manœuvre » hataon’ny foloalindahy mba hanamafisana ny fandriampahalemana any ambanivohitra. Mitohy ny fametrahana ireo andian-tafika iraisam-piadiana na “Bataillon interarmes”.

Tanjona hapetraka ihany koa ny famerenana arak’izay azo atao ny omby lasan’ny dahalo. Fantatra fa fitaovana mahomby entina iadiana amin’ny asan-daholo ny fampiasana ny angidim-by, tsy maintsy manao ezaka ny fanjakana mba hahafahana mampiasa ireo izay efa eo am-pelatanana.

Saingy tsy ho foana ny asan-dahalo raha mbola tsy misy ny fanenjehana ireo olona izay manadio ny omby halatra, na izay mividy azy ireny, ary ireo mamatsy fitaovam-piadiana.

Mivoana tanteraka amin’ny fiaraha-monina malagasy ny fakana an-keriny noho izany fepetra entitra no raisin’ny governemanta hanatsarana ny rafitra iadiana amin’ny fakana an-keriny. Hatevenina ny asa avy amin’ireo mpanao famotorana mba hanatsarana koa ny fandehan’ny raharaham-pitsarana.

Andraikitry ny rehetra ny miaro sy manatevina ny fandriampahalemana. Koa entanina ny vondrom-bahoaka itsinjarampahefana, ny olom-boafidy ary ny olom-pirenena ifarimbona amin’ny mpitandro ny filaminana ».

Traduction de ces extraits du volet sécurité et lutte contre les dahalo

 (…) Il y aura des marches manœuvres de la part des forces armées afin de renforcer la sécurité rurale. La mise en place des Bataillons interarmes se poursuivra.

L’objectif sera aussi de faire tout notre possible pour rendre les zébus volés par les dahalo, à leurs propriétaires. Dans cette optique, le gouvernement fera des efforts pour le renforcement de l’utilisation d’hélicoptères qui constituent des armes efficaces indéniables contre ces vols de bovidés.

Cependant, les attaques des dahalo ne seront jamais éradiquées tant que ne seront pas poursuivis et identifiés les individus qui blanchissent les zébus volés, ceux qui les achètent ainsi que ceux qui les approvisionnent en armes de guerre.

Les rapts et autres kidnappings vont à l’encontre totale de l’identité sociétale malagasy. Aussi, le gouvernement va prendre des mesures drastiques afin de lutter contre ces crimes, en renforçant ses structures pour ce faire. Cela ira des enquêteurs jusqu’aux tribunaux qui devront faire montre d’efficacité avérée et de diligence dans le traitement de tous les dossiers.

La sécurité et la paix sont l’affaire de tout un chacun. Aussi, je lance un appel à toutes les administrations décentralisées, à tous les élus, à tous les citoyens, afin qu’ils participent à leur instauration aux côtés des forces de l’ordre.

« Anisan’ireo sehatra hisian’ny fitohizan-draharaha ny ady atao amin’ny kolikoly. Ireo ministera isan-tsokajiny misahana ny fitantanana ny raharaham-panjakana dia hanamafy ny andrimaso, indrindra indrindra ireo sehatra mahakasika ny fitantanam-bola, ny harena ankibon’ny tany, ny tontolo iainana, ny fahandriam-pahalemana, ny filaminam-bahoaka, ny atitany, ny fitsinjaram-pahefana ary ny fitsarana.

Ny eo anivon’ny Zandarimariam-pirenena dia hanohy ny hetsika hoe « Tsy azon’ny mpamily atao ny manome vola ireo miasa eto fa voararan’ny lalàna ary mampiditra am-ponja na ny manome na ny mandray”. Hanao ohatr’izany koa ny eo anivon’ny Polisim-pirenena.

Mahatonga ny kolikoly ihany koa ny tsy fahafantaran’ny vahoaka ireo mpitsopitsony, na ny lalana tokony arahina rehefa hikarakara taratasim-panjakana. Tsy maintsy hapetraka ny mangarahara mba afahan’ny vahoaka mahafantatra ny dingana rehetra arahina rehefa manantona ireo birao-panjakana izy. Tsy maintsy hampiharina ireo toro-lalana enti-miasa na “standards de service” ka fantatra mazava ohatra ny fe-potoana hamoahana taratasim- panjakana mba tsy hivezivezy lava ny vahoaka.

Efa am-perinasa ny “Pôle anti-corruption” eto Antananarivo, dingana iray goavana ny fametrahana izany satria dia nohamafisina ny fahaleovantenan’ireo mpitsara misahana manokana ny ady amin’ny kolikoly ary izany dia mahakasika koa ny tompon’andraikitra ambony maro samihafa. Hapetraka tsy ho ela koa ny Pôle anti-corruption any Toamasina.

Ny vokatra andrasana amin’ny fotoana haingana dia ny fanafoanana hita mivaingana ny kolikoly amin’ny sehatra rehetra ary ny isam-baratonga amin’ny fitantanana ny raharaham-panjakana fa indrindra izay mahakasika ny fiainana andavan’andron’ny vahoaka.

Mitaky fanovana toe-tsaina ny ady amin’ny kolikoly satria efa lalim-paka eo anivon’ny fiaraha-monina misy antsika ny fanaovana izany. Mila haverina amin’ny laoniny ny toe-tsaina ka tsy ny tranga manokana na “exception” intsony no zary lasa fitsipika na règle. Ny ezaka ara-toekarena sy ara-tsosialy hanatsarana ny fiainam-bahoaka dia hanampy amin’ny ady atao amin’ny kolikoly.

Mila sahy mijoro ny vahoaka ka tsy hanome tsolotra intsony ireo izay mitaky izany, eny amin’ny lalam-pirenena, any amin’ny tobim-pahasalamana, eny amin’ny biraon’ny asampanjakana isan-tsokajiny ary anatin’izany ireo fitsarana isan’ambaratongany. Mety hilaza isika fa kolikoly madinika izany fa saingy aza adino fa maharary ny vahoaka ny toe-java-misy. Adidin’ny fanjakana sy ny rantsa-mangaika napetraka ho amin’izany no miaro ireo izay sahy mijoro manohitra ny kolikoly.

Voafaritra mazava tsara ny andraikitra napetraka tamiko amin’izao vanim-potoana mialohan’ny fifidianana izao. Fantatsika tsara anefa fa tsy ho vita mora foana ny fanatanterahana ireo asa notanisaiko teo ireo. Misy ny dingana efa natomboka. Fa mbola maro koa ireo asa ho atao. Miangavy anareo izay misolo tena ny vahoaka ny tenako, hifarimbona sy hifanome tànana amin’ny governemanta eo amin’ny fanatanterahana ireto fanamby iankinan’ny aim-pirenena ireto :

• Fanamby hampanjaka ny fitoniana ary hampandry fahalemana ny firenena amin’izao vanim-potoana hirosontsika any amin’ny fifidianana izao

• Fanamby hamerenana ny hasin’ny fitantanana ny raharaham-panjakana eo anivon’ny governemanta sy ny sampan-draharaha rehetra mipaka any amin’ny Fokontany

• Fanamby hanampiana ny tanora hiatrika amim-pahendrena ny ho aviny

• Fanamby hampitraka indray ny voninahitry ny Malagasy ».

Traduction de ces extraits de ce volet corruption

C’est un fait : la lutte contre la corruption est un vecteur de la non continuité de l’Etat. Aussi, une surveillance accrue et renforcée sera mise en place dans tous les ministères, particulièrement ceux qui sont concernés par la gestion de ressources financières directes : Finances et Budget ; Mines et Ressources souterraines ; Sécurité, Intérieur, Forces de l’ordre ; Décentralisation et Justice.

Au sein de la gendarmerie nationale, l’opération « corruption passive et/ou active de la part des chauffeurs et/ou des gendarmes -et vice et versa- doivent être bannis au risque d’être emprisonnés ». Cette opération sera aussi mise en place au sein de la Police nationale.

La corruption est aussi due à l’ignorance par la population des démarches à effectuer, des marches à suivre et des textes en vigueur lorsqu’elle se trouve au sein d’une entité administrative pour obtenir des papiers. Il est donc impératif de mettre en place un système d’informations simples mais claires à l’entrée de chaque bâtiment administratif afin que chaque citoyen soit à même de comprendre ce qu’il doit faire ou ne pas faire, pour tel ou tel service public. Ainsi, devront être appliqués des standards de service dans chaque ministère et ses démembrements régionaux. Le but est de désengorger les lieux et d’éviter les allers-retours stériles des citoyens.

A Antananarivo, le Pôle anti-corruption (PAC) a été mis en place et est déjà opérationnel. Il s’agit d’une étape importante vers l’indépendance effective des tribunaux dont les membres luttent essentiellement contre la corruption et qui concerne les divers hauts commis de l’Etat. Ce PAC sera incessamment mis en place à Toamasina.

Les résultats attendus seront des impacts décisifs et positifs sur la gouvernance au sein de l’administration publique dans son ensemble et dans le quotidien même des citoyens, à tous les niveaux et domaines de la vie en société

La lutte contre la corruption requiert un réel changement de mentalité car elle a profondément été enracinée dans notre vie en société même. Il importe de faire en sorte que l’exception cesse d’être une règle. Des efforts dans les volets social et économique peuvent permettre à atténuer la pratique de la corruption au sein de la population.

Tous les citoyens doivent reprendre conscience et cesser, à chaque fois qu’ils sont en face d’autorités publiques ou dans des bureaux administratifs, d’avoir tendance à donner un bakchich : sur les routes nationales ; dans des centres de santé publique ; dans des bureaux administratifs ; dans des tribunaux, etc. Certains parleront de « petite corruption », mais cette pratique grève gravement le budget des familles plus que modestes. Il est du devoir de l’administration publique et ses démembrements de défendre les citoyens qui luttent contre la corruption.

La mission qui m’a été attribuée, dans cette période pré-électorale, est donc claire et limpide. Nous devons pourtant admettre que ce que j’ai énuméré ne sera pas une sinécure. Des étapes ont été entamées, d’autres sont encore au stade embryonnaire. Je vous demande humblement, à vous tous, représentants du peuple, de prendre part aux efforts du gouvernement dans la concrétisation des défis suivants :

• Défi de faire régner l’ordre, la sécurité et la sérénité dans toute l’île, dans cette période pré-électorale.

• Défi de remettre sur les rails la bonne gouvernance et l’Etat de droit depuis le gouvernement jusqu’aux foktontany, en passant par l’administration publique.

• Défi d’appuyer les jeunes pour faire face à leur avenir avec sagesse.

• Défi de relever à nouveau très haut l’honneur des Malagasy

Tout cela restera-t-il uniquement des bonnes intentions théoriques ou bien sera effectivement suivi d’actions aussi percutantes que ce discours, avec sanction entraînant l’arrestation et la condamnation réelle des coupables, des gros bonnets, des donneurs d’ordre, des cerveaux ? Personnellement, je me range du côté du grand nombre, devenu des thomasiens à force de trop croire et d’avoir gobé les promesses sans lendemain rajaonarimampiennes. Exemples de ce mois de juin 2018 ? « Plus de délestage en 3-6 mois si je suis élu président », avait promis le candidat n°3, Hery vaovao, en décembre 2013 au Carlton Anosy. Eh ben, lors des deux mi-temps des matches décisifs du Sénégal, dans le cadre de la coupe du monde de football en Russie, pas de courant durant deux heures de temps. Si cette coupe du monde n’est pas encore finie, la coupe est pleine pour les usagers qui, en plus et sans rime ni raison, voient leur facture de la Jirama (société nationale malgache d’eau et d’électricité) doubler au fil des mois.

Dossier de

Jeannot Ramambazafy

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