La Gazette de la grande ile

Kidnappings : Les banques dans le collimateur

Publié le 08 août 2018

Les kidnappings à répétition terrorisent l’opinion publique, embarrassent le régime et agacent la communauté internationale. Il n’y a pas de petits ou de grands kidnappings. Un kidnapping reste un kidnapping, donc un crime au sens pénal. C’est un drame pour la victime et sa famille. Après avoir fait preuve d’un laxisme navrant, les autorités paraissent prendre les choses en main. Elles ont appréhendé quelques auteurs et leurs complices. Cependant, les commanditaires et les marionnettistes continuent à vivre dans une impunité totale. Il faut dire que certains d’entre eux sont des puissants…du moins pour le moment…Un jour ou l’autre, ils seront démasqués, et le plus tôt sera le mieux. Ils tomberont, car la chaîne des complicités finira par se rompre, même si les victimes se taisent par peur. Un kidnapping se caractérise par une phase préparatoire et une phase opérationnelle. On a tendance à se focaliser sur la seconde, en ce qu’elle est douloureuse, angoissante et spectaculaire. La phase préparatoire se résume en l’élaboration d’un plan minutieux. Le commanditaire ne passera à l’action que s’il a toutes les cartes en main. Il n’échafaudera la prise d’otage que s’il est certain que l’entourage de la victime pourra payer la rançon. Pour cela, il a besoin de la complicité de personnes assez proches de la cible. Le personnel de maison ne suffit pas. L’information centrale vient souvent de la banque, et en particulier, du gestionnaire de compte de la victime. Il peut s’agir du compte personnel de la cible, du compte de son conjoint ou du compte de son entreprise commerciale ou industrielle. Le gestionnaire est au courant de tous les mouvements sur les comptes des clients dont il assure le suivi. Informateur de premier choix, il joue un rôle capital dans l’engrenage d’une opération de kidnapping et sa discrétion vaut son pesant d’or. C’est pourquoi il est grassement soudoyé par le commanditaire d’un kidnapping. Les divulgations d’informations qu’il effectue sont contraires à la déontologie bancaire. Elles sont également graves de conséquences pour lui-même et pour la banque qui l’emploie. On n’est plus dans la délinquance à col blanc, mais dans la criminalité à col blanc. Bien entendu, il ne s’agit pas de blâmer tous les gestionnaires de compte, car beaucoup d’entre eux sont honnêtes et consciencieux, mais il est essentiel de traquer ceux qui livrent des informations hautement confidentielles aux commanditaires de kidnappings. Certes, ils sont rusés, mais ne sont pas infaillibles. Cette situation met en lumière la question épineuse du secret bancaire qui n’a jamais été respecté à Madagascar.

Folojaona

 

 

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