La Gazette de la grande ile

Madagascar : les charlots de la IVème république

Publié le 08 août 2018

Charlot est un personnage de fiction, un vagabond interprété par l’acteur britannique Charles Spencer Chaplin dit Charlie Chaplin. Mais dans le langage populaire français, ce mot signifie « individu peu sérieux, pitre », selon le dictionnaire Larousse. Avec l’accession du Hery vaovao au pouvoir, nous en avons vu défiler des charlots, en bientôt cinq années qui ont abouti à une paupérisation en règle de la Grande île de l’océan Indien. Paradoxalement, ce constat de pauvreté généralisée est très sérieux, officiel même…

Le premier charlot de cette IVème république malgache reste, bien sûr et sans conteste, Hery Rajaonarimampianina avec son discours plagiat sarkozien pourtant déclamé avec force conviction et véhémence. Mais étant donné que seuls les imbéciles ne changent pas d’idée, il a ajouté à ses grandes lignes « structurantes » d’emprunt, une gestuelle digne d’un Adolf Hitler des tropiques, privilégiant des intérêts blancs et jaunes plutôt que bruns… Un seul exemple, en matière de quincaillerie en général : comment voulez-vous que le groupe Pacom, bien malagasy depuis assez longtemps, puisse survivre encore longtemps face au groupe Sanifer, très étranger sinon étrange, qui bénéficie du statut de zone franche permettant toutes exemptions de taxes diverses et même plus (puisqu’affinités…) ?

Le second charlot de Madagascar’s Republic Four, est celui qui veut être Calife à la place du Calife. J’ai nommé Rivo Rakotovao qui, une fois choisi comme étant le seul ministre d’Etat de cette bande de pieds nickelés, n’a rien trouvé de mieux que d’aller emprisonner deux journalistes parce qu’atteint dans son amour-propre du parfait petit arriviste. Mais dans le monde rajaonarimampien, plus on est nul plus on monte en grade. Ce Rivo, déjà président du parti présidentiel Hvm, parti de rien, après une légère dégradation en simple ministre de l’agriculture, a été choisi à nouveau comme sénateur, puis président du Sénat, dans un mic-mac accepté les yeux fermés par le troisième charlot du groupe, Jean Eric Rakotoarisoa, le grand contorsionniste en matière de constitutionnalité qui a réussi à sauver le filoha Hery d’une déchéance grâce à un pacte de responsabilité qui n’a jamais vu le jour et sur papier et en acte(s). Au pays des charlots, les idiots sont princes et notre vaillant Rivo vient de démissionner de son poste de président national du parti Hvm. C’est dire qu’il prend, à l’avance, très au sérieux, son futur rôle de président de la république par intérim, aux pouvoirs quasi inexistants selon la constitution même.

Le quatrième de ces pitres est l’avocat Henry Hanitrinaina Rabary-Njaka, né le 14 septembre 1963, bi-national franco-malgache, champion, avec James Andrianalisoa, Dg de l’ACM (Aviation civile de Madagascar), des travaux fictifs rémunérés en dizaines de milliers d’euros. Me Rabary-Njaka, du barreau de Paris, a vécu une trentaine d’années en France, après avoir fui, selon lui-même, le régime marxiste de Didier Ratsiraka. Drôle de conception du patriotisme, n’est-il pas ? Mais qui était-il à l’époque ? Ayant navigué dans les eaux d’Air Madagascar durant la transition dans laquelle Hery Rajaonarimampianina était également PCA de cette compagnie aérienne nationale devenue une officine d’Air Austral, il devint alors SG de la Présidence puis PCA d’Air Madagascar aussi.

Après un coup extraordinaire dans l’achat de deux avions ATR dont personne ne parle plus, il est limogé à la fois de son poste de SG de la présidence et de PCA d’Air Madagascar. Terminé pour lui ? Non, comme je l’ai déjà écrit plus haut : plus on est nul plus on monte en grade dans ce régime Hvm/Rajaonarimampien. Me Rabary-Njaka est bombardé ministre des Affaires étrangères. Ses deux « charloteries » mémorables à ce poste, resteront l’inauguration d’un bureau dans un grand immeuble londonien, pompeusement dénommé Ambassade de Madagascar au Royaume-Uni, et l’annonce, sur TV5 Monde en mars 2018, du calendrier des prochaines élections présidentielles qui, selon lui, auront lieu la veille de la Noël 2018, le 24 décembre, pour un éventuel second tour !

Après le remaniement gouvernemental, suite aux évènements tragiques et mortels du 21 avril 2018, ne voilà-t-il pas que l’Henry est promu nouveau ministre chargé des Mines et du Pétrole. Avec le charlot de série B. Jaobarison Zakamanarivo Randrianarivony, conseiller spécial présidentiel mais surtout PCA Bureau de Cadastre Minier de Madagascar (BCMM), il va en pleuvoir des délivrances de permis d’exploitation d’ici à ce que le Hvm coule corps et âme… Tout récemment, à la suite du kidnapping de quatre membres malgaches du personnel de la société Kraoma (Kraomita malagasy), libérés après paiement d’une rançon, Monsieur le ministre de tutelle Rabary-Njaka n’a rien trouvé de mieux que d’amener ces quatre ex-kidnappés chez son patron direct au palais d’Etat d’Iavoloha. Du jamais-vu à Madagascar, effectivement, en matière de rapt… Et personne n’en connait les tenants et aboutissants réels. Quid de la petite Annie, tuée sauvagement, et de toutes les autres personnes enlevées, quelle que soit leur nationalité ? Pourquoi cette démarche incompréhensible, sans queue ni tête de la part de Me Rabary-Njaka qui se prend toujours trop au sérieux. Ce n’est même plus du tragi-comique mais c’est devenu du dramatique extrême…

D’autres charlots, mais d’envergure moindre bien qu’ayant une capacité de nuisance pointue, sont apparus dans le sillage de ces quatre pas magnifiques du tout. Mais pour en revenir au charlot en chef, il y a quelque chose, non pas de Tennessee, mais de drôlement « charlistique » dans sa démarche de gouvernance. En mars 2018, lors du lancement du Programme d’Appui à la Performance du Secteur Public (PAPSP), financé par la Banque Mondiale voici des extraits de ses déclarations aussi pompeuses que stériles et vice et versa : « (…) Le développement est l’œuvre de tous. Je sais que les potentialités sont énormes pour garantir le développement durable d’un pays. Nous sommes prêts à relever ce défi et c’est la raison pour laquelle je vous avais proposé la Vision « Fisandratana 2030 ». Parce que tout ce qu’on fait aujourd’hui doit s’insérer dans une vision claire, dans une vision à long terme, dans une vision structurante de ce qu’on devrait donner à des politiques de développement.

Je ne saurai terminer mon allocution sans rappeler que développement et pouvoir riment avec bonne gouvernance, avec transparence, avec redevabilité. Je vous exhorte donc à respecter ces codes d’éthique et de déontologie qui sont la base d’un véritable développement.

Nous allons lutter contre la pauvreté, la pauvreté économique, mais nous allons devoir lutter contre la corruption pour mettre en place l’Etat de droit, et asseoir une véritable bonne gouvernance. Nous avons besoin, Mesdames et Messieurs, de beaucoup des petites mains, et je sais, comme je vous l’avez dit, que je peux compter sur vous, Maires de tout ce pays, parce que vous êtes là, je sais que vous êtes conscients des rôles que vous avez, je sais que vous avez la volonté de réussir aujourd’hui. Même si on ne peut pas vous donner tous les grands moyens, je pense qu’aujourd’hui on vous donne les moyens de réussir, d’avancer et de mettre en place cette Emergence, et Renaissance de Madagascar (…) ».

Relisez à tête reposée ces déclarations et vous constaterez que ce n’est que de la belle phraséologie qui entend effacer tout ce qui, déjà, n’a pas été fait durant ces quatre dernières années. La Vision « Fisandratana 2030 » proposée en janvier 2018, n’a jamais été un programme gouvernemental officiel en regard du Programme national de développement (PND) qui se veut « un instrument d’excellence au service de la Politique général de l’Etat (PGE) ». Le 1er décembre 2016, à l’issue d’une première journée consacrée aux bailleurs de fonds à Paris, il y a eu l’annonce de financement pour la mise en œuvre du Plan National de Développement à hauteur de 6 milliards 400 millions de dollars pour les quatre prochaines années. Il a même été dit que les partenaires ont ainsi manifesté leur volonté d’accompagner la mise en œuvre des principaux axes du Plan National de Développement 2015-2019.

Jubilation du Filoha Hery qui déclara alors : « Nous avons largement atteint les objectifs que nous nous étions fixés. Nous avons noté vos préoccupations, ce sont aussi les nôtres, l’Etat de droit, la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance, l’amélioration de l’environnement des affaires. Ces programmes seront menés à bien par le Gouvernement et ces engagements sont les nôtres ». Nous sommes au mois d’août 2018. Où sont passées les réalisations attendues de tous ? Actuellement, à chacune de ses sorties dans les régions de Madagascar, le futur ex-président de la république ne cesse de mettre en exergue sa vision « Fisandratana 2030 » avec tout l’appareil, la logistique et les finances étatiques. La population des localités de Manakara, Vangaindrano et Vohipeno, les 1, 2 et 3 août 2018, ont été saoulés de « Fisandratana 2030 ». A Vangaindrano, par exemple, et on peut le lire sur le site officiel de la présidence, après des inaugurations très campagne électorale avant l’heure, il a indiqué que d’autres projets seront lancés, et dont la réussite repose toujours sur la confiance réciproque et la solidarité. « C’est la base de la Vision Fisandratana 2030 », a-t-il fait valoir, « pour la création d’emplois, de valeurs ajoutées et de richesses ». A l’endroit des maires qui font partie des représentants de l’État auprès de la population, le Président a promis de leur octroyer des motocyclettes pour leurs missions. Par ailleurs, il a appelé chaque citoyen à agir avec patriotisme, et veiller aux intérêts communs, car c’est ce qui manque énormément au pays actuellement.

Sur le plan politique, le Président Rajaonarimampianina a laissé entendre qu’il détient bel et bien la clé de l’Émergence, et n’envisage aucunement de remettre cette clé à n’importe quel homme ou femme politique malveillant, en défendant ardemment avec la population les efforts de développement déjà engagés jusqu’ici. Il a cependant appelé au respect de la stabilité et de la paix sociale, bases incontournables du développement durable./.

Paradoxe, mensonges, maquillages et contradictions ! De quels efforts de développement déjà engagés parle-t-il ? En cette année 2018, après quatre ans de pouvoir Rajaonarimampien, Madagascar est-il, oui ou non, le 4è pays le plus pauvre du monde ? En ce mois d’août 2018, y-a-t-il encore, oui ou non, des délestages anti-économiques, dénommés actuellement coupures, dans la Capitale de Madagascar et dans de nombreuses régions de l’île ? Hery Rajaonarimampianina dirige-t-il une nation ou un fokontany ? A force de « laisser entendre », plus personne ne l’écoutera le moment venu, au moment psychologique. Et mon avis personnel qui est aussi celui de millions de Malgaches qui vont voter pour de vrai, et non plus déposer un bulletin de vote, s’il se présente à nouveau et qu’il parvient à un éventuel second tour, cela ne relèvera pas du miracle mais d’un « fisandratana » manipulé au niveau de la collecte des résultats, grâce à une loi électorale toujours floue à l’heure actuelle. Mais bien avant, ici à Madagascar, nous allons encore vivre le règne d’un charlot remplaçant présidentiel qui va nous réserver des surprises. Pas bonnes du tout, croyez-moi. Chiche ?

Jeannot Ramambazafy

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