La Gazette de la grande ile

CHRONIQUE DE N. RAZAFILAHY: Congrès de la dernière chance ou du dernier soupir

Publié le 10 août 2018

Les autres prétendants à la présidence pour l’élection du 7 novembre 2018 s’évertuent à convaincre le public sur les apports futuristes d’une émergence lointaine. Le candidat Jean  Ravelonarivo et  Zaza  Ramamdimbiarison invitent l’électorat bien-pensant de l’Imerina  et les habitants de  toute l’île sans  distinction à fermer la porte à « un passé divisé » pour aller « vers un  avenir partagé » afin de vivre désormais dans un « Madagascar, une nation à bâtir ». Pour l’ex-Premier ministre du président sortant et l’ancien Vice-Premier ministre de Marc Ravalomanana (avant d’être le Chief-Staff  d’Andry Rajoelina) « l’économie mondiale est sous les dictats du  système financier et  est  devenue uniquement et principalement financière. Le système investit essentiellement l’excédent de l’argent résultant de pures  spéculations financières, dans les  domaines qui ont un rendement financier élevé à  court terme et un  rendement environnemental et  social très  faible. Cette réalité conduit à des  écarts croissants  entre la vraie richesse et le revenu. La classe politique est  dans le monde fortement influencée par des puissances  financières des entreprises privées. Ceci est la principale cause de la situation actuelle du Monde presque en  désordre. La civilisation mondiale est  en  train  de  subir une  tempête due à  cette évolution du modèle de  développement depuis des  années 80, mais  également à la surpopulation, par l’utilisation de  technologies néfastes pour l’environnement créant le réchauffement de la planète… »

A ce propos justement du contexte préélectoral  qui règne  actuellement à Madagascar, Jeune  Afrique  trouve  que « la nomination, lundi 4 juin, de Christian Ntsay au poste de Premier ministre ne change rien au parfum de fin de règne qui flotte sur Antananarivo. » Malgré les tirs croisés d’une certaine presse très  engagée qui font  état  de « débandade », de « l’exode » à répétition, des  « défections au sein  du tout puissant parti d’Etat » et d’un  « départ prématuré » du président du parti qui « jette l’éponge », le parti  HVM a  choisi Antsiranana réputé pour être  un  fief du Mapar pour  tenir un congrès « les 10  et  11 août 2018 ». Décidé à montrer un ultime  sursaut  de  capacité de  mobilisation, le parti qui, à  sa création  n’avait aucun parlementaire élu, et  qui « avait rassemblé les indépendants et débauché des députés élus sous les étiquettes du Mapar et du TIM, de Marc Ravalomanana»,  a  tenu à prouver  aux yeux  de  l’opinion qu’il est capable de relever le défi de la prochaine  consultation  électorale. Le  géographique de  ce  rassemblement vise  surtout à prouver qu’avec le  candidat que  ses membres vont probablement adouber tout en  se  dotant  d’un  nouveau chef de  file, les ouailles  de Hery Rajaonarimampianina cherchent à démentir tous  ces pronostics négatifs à leur endroit. Malheureusement pour  eux, ce  faisant, non  seulement ils  confirment le constat du parti ABA de Jean Ravelonarivo qui  constate  que « les réponses à  cette  crise des  gouvernements se sont  concentrées, au pire, sur la gestion de leur propre image politique et  au mieux pour  traiter les  symptômes de la crise et non les  causes… » Plutôt  que de faire montre  de la force d’une  détermination  de la  dernière chance pour rattraper le  temps perdu les partisans de l’actuel Chef d’Etat à la veille d’une  démission  programmée par la Constitution se consacre plutôt à une campagne médiatique de  démonstration de  force de rassemblement organisé.  Effort de  rétablissement  visiblement assez tardif pour  gommer les retombées négatives d’un mandat d’une piètre gouvernance durant laquelle selon celui que  Jeannot Ramambazafy désigne (trop vite)  comme étant « le futur ex-président » : « Pendant que je m’attelle à la reconstruction politique, économique et social du pays, d’autres préfèrent s’évertuer à me déstabiliser. » Sans oublier de marteler devant la  presse  avec  conviction  que  ces opposants « Ils sont de très mauvaise foi. »

Tout le monde  se  demande comment l’équipe  au pouvoir peut-elle encore  espérer parvenir à faire  réélire n’importe quel candidat né d’un dernier  soupir  d’un système qui  s’est mis à  dos même  ses propres  souteneurs prostitués à longueur d’année ? Les observateurs  de  tous les  horizons se posent  toujours la question  de  savoir les  vrais  contours  de la  nomination  de ce Premier ministre de consensus imposée dans  des  conditions  que personne n’est parvenu à  expliquer  de manière  convaincante. Surtout lorsqu’ avec une  forte  dose de sous-entendus le président sortant ose insinuer que «Le plan de l’ancien président de la transition était d’une toute autre nature, puisqu’il s’agissait d’imposer à Madagascar un gouvernement sans passer par les urnes, en me poussant à démissionner pour installer une nouvelle transition(…) Andry Rajoelina a une conception très personnelle du pouvoir. Il est obsédé par l’image de putschiste qui lui colle à la peau et qu’il veut effacer. » Dans un  article de Jeune Afrique  du 6 juin 2018 Olivier Caslin rapporte que le  25 mai dernier « « Réunis autour de leur président, Jean-Eric Rakotoarisoa, les neuf sages de la HCC n’ont pas osé déchoir le président, même s’ils reconnaissent ses manquements, à quelques mois seulement d’un scrutin prévu avant la fin de 2018. Ils ont en revanche sérieusement rebattu les cartes en exigeant la nomination d’un Premier ministre « de consensus », chef d’un gouvernement dont la principale mission sera d’organiser le premier tour du scrutin dans les nouveaux délais impartis ». Tout le pays se  demande  encore pourquoi les  détails  d’un accord sur cette désignation n’ont jamais  été  rendus publics ? Qui veut  cacher  quoi  au juste ? Et que cache aussi cette conclusion d’un président    qui devant le même envoyé spécial de Jeune Afrique souligne avec une pesante précision que  c’est « Au Premier ministre maintenant de faire la preuve que la satisfaction des revendications de l’opposition amènera un processus électoral apaisé ». Confidence qui finalement va inciter à la première occasion un quotidien de la place à soupçonner  qu’il y aurait actuellement « un  clash » entre le Palais de Mahazoarivo et la Présidence. Pure  et  simple élucubration ou bien  révélation sensationnelle fruit d’une indiscrétion  de  coulisses. Quoi qu’il  en soit, le parti HVM est sur une corde raide même les « charlots » qui se trouvent au-devant de la scène insistent pour  frimer afin de mieux cacher leur désarroi pour ne pas faire  naufrage dans le cadre de la baie mondialement fameuse de Diégo-Suarez.

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