L’île de Nosy Sakatia, située au large de Nosy Be, vient de connaître un tournant majeur après plusieurs années de tensions entre communautés locales, autorités et opérateurs privés. Le ministère de l’Aménagement du territoire a confirmé l’annulation d’un bail touristique controversé et le retour des terrains à leurs occupants historiques. Une décision lourde de sens, qui marque la fin d’un long rapport de force et ouvre une nouvelle phase de gestion foncière pour l’île.
Nosy Sakatia : pourquoi l’État a décidé de supprimer ce bail touristique
Le ministre de l’Aménagement du territoire, Lylison René de Rolland, a annoncé lors de son déplacement à Nosy Be la suppression du bail concédé en 2016 à une société privée. Ce bail autorisait l’exploitation de portions de la réserve foncière Ampasindava-Sakatia à des fins touristiques.
Cette résiliation intervient après des années de contestation. Les habitants dénonçaient une occupation jugée injuste, la perte de leurs terrains ancestraux et un manque de transparence dans la gestion du projet. Les explications fournies lors de la signature du bail n’avaient jamais convaincu les familles vivant sur l’île, qui se disaient écartées d’un espace qu’elles considéraient comme leur patrimoine.
La décision actuelle vient donc mettre un terme à un dossier explosif qui a longtemps opposé population et administration.
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Restitution des terres : le gouvernement dévoile un prix symbolique de 5 Ariary le mètre carré
L’annonce la plus attendue concerne la redistribution des parcelles. L’État a confirmé que les habitants pourront racheter leurs terrains pour un tarif symbolique fixé à 5 Ariary le mètre carré. Cette mesure vise à sécuriser la possession foncière des familles, souvent anciennes, mais qui ne disposaient pas toujours d’un titre officiel.
Cette redistribution se fera dans le cadre de l’Opération domaniale concertée (ODOC). Déjà appliquée à Nosy Be, ce programme sera étendu à toute l’île de Sakatia. L’objectif est de régulariser définitivement la situation foncière, grâce à un travail commun entre ministère, collectivités et propriétaires.
Le gouvernement affirme également que les zones classées comme aires protégées resteront dans le domaine public pour éviter de nouveaux conflits ou appropriations.
Le bail initial de 2016 : un contrat qui n’a jamais trouvé l’adhésion des habitants
Le contrat annulé avait été attribué à Green Mada Land, une société sélectionnée via un appel à manifestation d’intérêt. Le bail emphytéotique prévoyait une durée de 50 ans, renouvelable automatiquement, et une redevance annuelle de 17 millions d’Ariary.
La société avait obtenu l’exploitation de plus de 17 hectares sur un domaine total de 567 hectares. En théorie, le projet devait servir au développement touristique et à la valorisation du littoral. Mais sur le terrain, la réalité fut toute autre.
Les communautés locales ont rapidement dénoncé plusieurs points :
- le manque de clarté autour des critères de sélection,
- l’éviction de familles installées depuis des générations,
- l’exploitation perçue comme déconnectée des besoins de l’île,
- la crainte d’une privatisation progressive d’un espace public.
Les tensions n’ont jamais cessé, poussant le gouvernement actuel à revoir entièrement la situation.
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Une île en quête de stabilité foncière après des années de conflits
L’affaire Nosy Sakatia illustre parfaitement la difficulté de concilier tourisme, intérêts économiques et droits fonciers dans les zones insulaires de Madagascar. Sur plusieurs années, les habitants ont mené un combat constant pour faire reconnaître leur présence et protéger leurs terres.
La restitution officialisée aujourd’hui constitue un tournant symbolique. Elle représente :
- la fin d’un dossier qui avait profondément divisé,
- un geste fort envers les communautés,
- un signal politique sur la volonté de restaurer la confiance autour de la gestion foncière.
L’État promet également une meilleure transparence et une collaboration renforcée avec les acteurs locaux dans les prochaines étapes.
