Depuis sa création en 2012, l’Agence de Recouvrement des Avoirs Illicites (ARAI) s’impose comme un maillon central du dispositif malgache de lutte contre l’enrichissement illicite et le blanchiment de capitaux. Cette entité, rattachée au système anti-corruption, a pour mission d’exécuter les décisions judiciaires portant sur la saisie, le gel, la confiscation et la restitution des biens acquis illégalement. À travers son dernier rapport d’activité, l’agence dresse un tableau contrasté : des résultats tangibles sur le terrain, mais aussi des obstacles juridiques, logistiques et structurels.
Une masse d’actifs gelés et confisqués : un volume en constante évolution
Depuis son lancement, l’ARAI a procédé au gel de 827 comptes bancaires et 133 comptes de paiement mobile, représentant un total de plus de 7,3 milliards d’ariary. Ces fonds sont actuellement en attente de transfert vers les comptes du Trésor public, une opération soumise à un circuit judiciaire rigoureux. En parallèle, 46 véhicules et 7 navires ont été immobilisés, certains d’entre eux liés à des activités extractives illégales, comme l’orpaillage.
Côté patrimoine immobilier, 33 propriétés – maisons, terrains et appartements – ont été saisies pour une superficie globale estimée à près de 500 hectares. Ce chiffre est en nette augmentation par rapport aux années précédentes, une tendance qui s’explique par la diversification des techniques de dissimulation utilisées par les auteurs d’infractions financières.
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Une évolution des pratiques frauduleuses qui complique la traque
Les détenteurs d’actifs illicites s’adaptent à la pression croissante des autorités de contrôle. L’usage des systèmes bancaires formels tend à diminuer chez les individus ciblés, en raison du suivi systématique opéré par les institutions financières, en lien avec l’ARAI. Cette prudence stratégique a conduit à une baisse significative du montant des comptes gelés en 2024, qui s’élève à seulement 297 millions d’ariary, contre plusieurs milliards l’année précédente.
La tendance actuelle est au réinvestissement dans des secteurs peu régulés, notamment l’immobilier, qui permet de dissimuler des flux financiers tout en minimisant les risques de détection. C’est ainsi que l’agence a pu identifier et confisquer en 2024 un nombre record de 38 biens immobiliers supplémentaires.
Des biens convertis en valeur liquidée
En matière de confiscation effective, l’année écoulée marque une avancée notable. Pour la première fois, l’ARAI a réussi à convertir en valeur monétaire plusieurs biens confisqués. Au total, 489,63 millions d’ariary ont été obtenus, dont 366 millions provenant directement de comptes gelés, et 123 millions issus de la vente aux enchères de véhicules saisis. Ces ressources, bien que modestes comparées aux montants identifiés, constituent un pas vers l’efficience du recouvrement.
Par ailleurs, 125 participations dans cinq sociétés ont été saisies, tout comme 250 tonnes de manganèse et 13,8 kilos d’or, transférés à la Banque Centrale. Ces biens, difficilement évaluables en valeur marchande immédiate, sont souvent conservés en vue d’une liquidation ultérieure.
