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Nosy Sakatia : fin du projet hôtelier, le terrain revient à l’État

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La décision est désormais officielle et documentée. Après plusieurs années de tensions foncières et de contestations locales, le terrain de plus de 17 hectares situé à Nosy Sakatia, dans la commune d’Ampasindava Nosy Be, ne fera finalement pas l’objet d’un projet hôtelier privé. Le ministère en charge de l’aménagement du territoire a validé l’annulation définitive du bail de longue durée accordé à la société Green Mada Land, mettant un terme à un dossier sensible mêlant intérêts économiques, souveraineté foncière et avenir des habitants.

Ce terrain, immatriculé sous la référence TN 1807 BO, appartient au domaine public de l’État malgache. Il avait été attribué sous l’administration précédente à un opérateur privé avec l’objectif déclaré de développer une infrastructure hôtelière de grande ampleur. Une orientation qui avait immédiatement suscité des inquiétudes parmi les riverains, notamment en raison des risques de déplacements forcés de familles locales et de la privatisation d’un espace historiquement utilisé par la population.

La confirmation de la résiliation du contrat marque un tournant institutionnel fort. Elle s’inscrit dans une continuité administrative initiée dès 2019, mais jamais appliquée de manière définitive jusqu’à aujourd’hui. Cette fois, le ministère a délivré une attestation officielle, scellant juridiquement la reprise du terrain par l’État.

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Un bail de longue durée annulé après plusieurs années de contestation foncière

Le contrat liant l’État malgache à la société Green Mada Land reposait sur une location emphytéotique de longue durée, couvrant une superficie exacte de 17 hectares 34 ares et 81 centiares. Une surface considérable pour une île dont l’équilibre social repose en grande partie sur l’accès collectif à la terre, à la pêche et aux zones de culture vivrière.

Dès l’annonce initiale du projet hôtelier, des voix locales se sont élevées pour dénoncer une décision jugée éloignée des réalités du terrain. Selon plusieurs estimations locales, plus de 80 foyers utilisaient directement ou indirectement cette zone pour leurs activités quotidiennes, notamment agricoles et artisanales. La perspective d’un complexe touristique haut de gamme laissait entrevoir une réduction drastique de ces usages traditionnels, sans garanties écrites de relogement ou de compensation.

En 2019, le ministre alors en charge du foncier, Hajo Andrianainarivelo, avait déjà acté une première décision administrative allant dans le sens d’une remise en question du bail. Toutefois, cette orientation était restée sans suite concrète. L’absence d’acte définitif avait entretenu une situation floue, laissant planer une incertitude permanente sur le statut du terrain.

La validation récente par Lylison René de Rolland, ministre actuellement en fonction, vient mettre fin à cette ambiguïté. Le document officiel transmis confirme noir sur blanc que le bail est nul et non avenu, et que le terrain retourne pleinement dans le giron de l’État.

Un projet hôtelier controversé soutenu par des intérêts privés influents

Le projet porté par Green Mada Land prévoyait la construction d’un hôtel de grande capacité, destiné en priorité à une clientèle étrangère à fort pouvoir d’achat. Selon des documents internes évoqués lors de réunions locales, la capacité annoncée dépassait les 150 chambres, avec des infrastructures annexes telles que piscines, espaces de réception et zones privatisées en bord de mer.

Ce projet bénéficiait du soutien de plusieurs partenaires économiques, dont Mamy Ravatomanga, figure connue du milieu des affaires à Madagascar. Cette association avait renforcé la visibilité du dossier au niveau national, mais aussi accru la méfiance des habitants, qui craignaient un déséquilibre total dans le rapport de force entre investisseurs et communautés locales.

Sur le plan économique, les promoteurs avançaient des promesses d’emplois directs et indirects. Les chiffres évoqués faisaient état de 120 à 150 postes potentiels une fois l’hôtel en activité. Toutefois, une analyse plus fine montre que la majorité de ces emplois auraient été peu qualifiés et saisonniers, avec une forte dépendance à la fréquentation touristique étrangère.

À titre de comparaison, selon les données du ministère du Tourisme, près de 65 pour cent des emplois hôteliers dans la région de Nosy Be sont précaires, avec des contrats courts et des revenus mensuels souvent inférieurs à 500 000 ariary. Un modèle économique qui peine à assurer une stabilité durable aux populations locales, contrairement aux activités agricoles et halieutiques traditionnelles.

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La reprise du terrain par l’État change l’équilibre local à Nosy Sakatia

La restitution du terrain au domaine public modifie profondément les perspectives locales. Elle ouvre la voie à une réaffectation plus inclusive, potentiellement orientée vers des projets collectifs ou des initiatives publiques respectant les usages existants. À ce stade, aucune nouvelle attribution n’a été annoncée, ce qui laisse volontairement le champ libre à une concertation future.

Pour les habitants de Nosy Sakatia, cette décision est perçue comme une reconnaissance institutionnelle de leurs droits historiques. Plusieurs représentants communautaires estiment que cette annulation évite un scénario de marginalisation foncière observé dans d’autres zones côtières de Madagascar, où l’accès à la terre s’est progressivement réduit sous la pression d’investissements privés.

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