L’e-ariary est une monnaie numérique de banque centrale (CBDC – Central Bank Digital Currency) actuellement en phase d’expérimentation à Madagascar. Elle ne remplace pas l’ariary classique, mais en constitue une version électronique émise et garantie directement par la Banque Centrale de Madagascar (BFM).
Contrairement aux crypto-monnaies comme le Bitcoin ou l’Ethereum, l’e-ariary n’est pas décentralisé. Il s’agit d’un instrument monétaire officiel, adossé à la monnaie nationale, qui vise à faciliter les paiements, renforcer l’inclusion financière, et moderniser l’économie malgache.
Pourquoi lancer une monnaie numérique à Madagascar ?
Le lancement de l’e-ariary répond à plusieurs enjeux économiques et sociaux spécifiques au contexte malgache :
Accroître l’inclusion financière
Actuellement, une large majorité des Malgaches, estimée à plus de 60 %, ne possède ni compte bancaire ni accès à des services financiers classiques. Ce taux est encore plus élevé dans les zones rurales enclavées où l’on trouve peu, voire aucune, agence bancaire. En introduisant l’e-ariary, la Banque Centrale vise à offrir une solution accessible via des terminaux simples comme les téléphones mobiles classiques (sans besoin de connexion Internet). Ce système pourrait permettre aux populations non bancarisées de recevoir des paiements, de régler leurs achats ou d’épargner de manière numérique, sans dépendre des réseaux bancaires formels.
Réduire les coûts de circulation du cash
La gestion du cash représente un coût logistique important pour l’État malgache. Entre l’impression des billets, leur acheminement sécurisé à travers un territoire vaste et difficilement accessible, leur contrôle régulier contre les falsifications, et leur remplacement en cas d’usure, le budget mobilisé est considérable. Une monnaie numérique permettrait de réduire progressivement la dépendance au cash, tout en maintenant la valeur fiduciaire. Cela favoriserait également la stabilité macroéconomique en facilitant la régulation de la masse monétaire en circulation.
Renforcer la traçabilité des paiements
L’un des atouts majeurs de l’e-ariary est la transparence qu’il apporte dans les flux financiers. Chaque transaction étant enregistrée numériquement sur une infrastructure centralisée, la détection des activités illégales (blanchiment, détournement, financement illicite) devient plus facile. Cela donne aussi à l’État un levier efficace pour lutter contre l’économie informelle, qui représente encore plus de 40 % du PIB. En renforçant la traçabilité, l’e-ariary devient un outil de gouvernance publique.
Favoriser la numérisation des échanges
Aujourd’hui, des services comme Orange Money ou Mvola ont permis d’introduire une forme de numérisation des paiements. Cependant, ils restent des solutions privées, avec leurs propres limitations : frais variables, interopérabilité imparfaite, dépendance à des infrastructures commerciales. L’e-ariary, en tant que solution publique, pourrait devenir une plateforme interopérable standardisée, avec une gouvernance indépendante des intérêts commerciaux. Ce positionnement permettrait de consolider l’écosystème numérique malgache autour d’un socle monétaire national.
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Comment va fonctionner l’e-ariary ?
Le projet de l’e-ariary est encore en phase expérimentale. Il est encadré par la Banque Centrale de Madagascar, en partenariat avec des institutions financières locales, des opérateurs télécoms, des prestataires technologiques et des organismes de régulation. L’objectif principal de cette phase est d’évaluer la viabilité technique, juridique et économique du dispositif.
Le fonctionnement envisagé repose sur un système numérique intégré, accessible via plusieurs canaux : une application mobile sécurisée, une carte électronique rechargeable, ou même des terminaux compatibles USSD pour les téléphones non connectés à Internet. Chaque utilisateur disposerait d’un compte e-ariary personnel, rattaché à son numéro d’identification national ou à un numéro mobile. Ce compte permettrait :
- de recevoir des paiements (salaires, aides, transferts…) en e-ariary ;
- d’effectuer des achats dans des points de vente équipés, qu’ils soient physiques ou en ligne ;
- de transférer de l’argent vers d’autres utilisateurs, instantanément ;
- de régler des factures publiques (électricité, impôts, droits d’examen, etc.) directement via l’interface.
La Banque Centrale jouerait le rôle exclusif d’émetteur et de superviseur du système, tandis que la distribution et l’usage au quotidien pourraient être assurés par des intermédiaires autorisés comme les banques, les institutions de microfinance ou certaines fintechs agréées. Ces entités auraient pour rôle de convertir les ariary classiques en e-ariary et inversement, via des « agents de change » répartis dans les régions.
L’expérimentation actuelle vise aussi à tester des scénarios de déploiement en milieu urbain et rural, avec des groupes pilotes comme des fonctionnaires, des bénéficiaires d’aides sociales ou des entrepreneurs formels. Les retours de terrain guideront les ajustements techniques, réglementaires et pédagogiques avant un éventuel déploiement à grande échelle.
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E-ariary vs mobile money : quelles différences ?
Même si l’e-ariary peut ressembler à première vue aux services de mobile money comme Orange Money, Airtel Money ou Mvola, il s’en distingue sur plusieurs aspects fondamentaux.
D’abord, le mobile money repose sur un modèle privé : l’argent déposé est converti en unités électroniques gérées par une société de télécommunications ou une banque commerciale. Ces unités ne sont pas une monnaie légale à proprement parler, mais une représentation numérique de l’argent fiduciaire, souvent stockée dans un compte bancaire de l’opérateur. À l’inverse, l’e-ariary est une monnaie officielle, garantie par l’État malgache, au même titre que les billets ou les pièces en circulation.
Ensuite, l’e-ariary offre un niveau supérieur de souveraineté monétaire. Émis et contrôlé par la Banque Centrale, il permet à l’État de suivre, réguler et orienter les flux financiers numériques dans l’intérêt général. Les services de mobile money, bien que très pratiques, obéissent à des logiques de rentabilité et sont souvent inaccessibles dans certaines zones à cause des coûts ou des infrastructures.
Enfin, l’e-ariary ne repose pas sur la technologie blockchain comme les crypto-monnaies. Il s’agit d’un système centralisé, avec une architecture sécurisée mais contrôlée, visant à garantir la stabilité et la fiabilité du système monétaire national. Il n’est donc pas sujet à la volatilité ni aux risques spéculatifs des cryptos, ce qui renforce sa légitimité comme outil d’échange et de réserve.
